gilets-jaunes

Dans le petit début de lucidité qu’ont fini par provoquer les Gilets jaunes, deux grands quotidiens (Le Parisien et Sud-Ouest) s’aperçoivent et s’émeuvent (ou font semblant de s’émouvoir) qu’à la rentrée les dernières rarissimes classes uniques et ce qui reste encore de petites écoles auront disparu dans une démente concentration. Or, cela fait exactement trente ans que l’éradication a commencé (1989) dans l’indifférence la plus absolue.

La petite histoire, mais lourde de conséquences, de cette éradication impitoyable (on y verra les similitudes avec l’actualité des Gilets jaunes).

Lorsque Jules Ferry a instauré l’école obligatoire (en disant que c’était l’instruction qui était obligatoire), la France était encore dans une démographie rurale. Dès qu’un village avait des enfants de plus de six ans, de par la loi il devait avoir une école, l’école publique était communale. La plupart des écoles publiques avaient au minimum trois ou quatre classes, en dehors des petits villages isolés de montagne ou des gros hameaux éloignés. Les classes uniques étaient relativement rares… et en  général fuies par les enseignants, le taylorisme scolaire traditionnel y étant difficilement applicable. L’école dans la banlieue la plus difficile était préférée à la classe unique perdue.

Au cours du XXème siècle et en particulier après la seconde guerre mondiale, l’exode rural en vidant les habitants et leurs enfants des villages a fait baisser les effectifs, par voie de conséquence a fait supprimer peu à peu des classes et le nombre des écoles à deux classes ou classes uniques est devenu important. Puis, l’exode rural se poursuivant, s’est posé le problème de leur suppression.

Dès 1969, la « grille Guichard » (du nom du ministre de l’époque) permettait d’envisager la suppression d’une classe unique dès que son effectif tombait en dessous de 9 élèves.

C’est en 1989, sous l’égide du ministre de l’Education nationale Lionel Jospin, que l’éradication officielle des classes unique et petites écoles commença. Le ministre chargea Pierre Mauger d’une mission sur l’organisation scolaire en milieu rural. Mauger avait été instit dans une classe unique un an, ce dont il devait avoir eu un mauvais souvenir, avant d’abandonner l’école pour passer rapidement dans la sphère politique plus confortable et lucrative. En à peine quelques semaines il pondit un rapport d’à peine deux ou trois pages décrétant que les classes uniques étaient archaïques et, dans l’intérêt des enfants, préconisa leur suppression et la concentration dans les écoles du chef-lieu de canton. Les rapports qui sont conformes à ce qu’on attend d’eux ne sont pas, eux, jetés à la poubelle. Dans la foulée, dès la rentrée 1989, l’expérimentation de cette éradication brutale fut entreprise dans sept « départements pilotes ».

C’est le terme « archaïque » qui fit par la suite sortir les loups des bois. C’est en effet dans les classes uniques et les écoles à deux classes, par la force des choses (l’hétérogénéité des âges) aussi bien que par conviction, que la pédagogie Freinet et les pédagogies actives étaient le plus pratiquées, sans bruit, parfois presque clandestinement, par les instituteurs qui y restaient ou qui les avaient choisies. D’autre part, dès 1983 au moment de la généralisation du minitel puis de l’accessibilité aux ordinateurs, c’est surtout les classes uniques et petites écoles du mouvement Freinet  qui s’en emparèrent et participaient au premier réseau télématique d’écoles (messageries, listes de diffusion, journaux télématiques), réseau créé sans aucune aide ou soutien de l’Education nationale. Ce fut surtout dans ces petites écoles qu’avec les premiers plans informatiques (1983 dans la Vienne puis 1985 le plan national appelé « plan Fabius ») les premiers ordinateurs TO7 ou excelvision ne furent pas mis au placard et qu’y furent explorées et inventées toutes les possibilités des traitements de textes, imprimantes, tableurs, PAO, langage informatique logo, messageries électroniques… C’est là que beaucoup de petites municipalités se saignaient pour équiper l’école de leurs enfants. C’est aussi dans quelques-unes de ces classes uniques Freinet que sont nées ce que j’ai appelé ensuite « les écoles du 3ème type » [1] défendues par leurs villages. Bonjour l’archaïsme !

Rentrée 1989, mise en route de la suppression dans les sept départements pilotes. Il était bien préconisé une concertation préalable, elle avait bien eu lieu… entre inspecteurs d’académie, présidents des Conseils généraux (qui devaient assurer le financement et l’organisation des transports) parfois un député et les maires des chefs-lieux d’accueil (qui devaient assurer l’organisation matérielle), et c’est tout. Tout aurait dû bien se passer, puisque c’était « dans l’intérêt des enfants »… et que tout s’était fait en catimini.

Si bien qu’à St Martial d’Albarède (Dordogne, un des sept départements dits pilotes) lorsque le jour de la rentrée les parents accompagnèrent comme d’habitude leurs enfants à l’école, au lieu d’y trouver porte ouverte ils y trouvèrent un car dans lequel leurs enfants devaient monter pour aller à l’école d’Excideuil. Surprise ! Indignation ! Les parents refusèrent de faire monter leurs enfants dans le car, occupèrent l’école, puis l’occupèrent les jours suivant, puis décidèrent avec l’aide d’une institutrice à la retraite et d’autres de continuer une école sauvage toute l’année s’il le fallait !  Ce fut la première ZAD… scolaire !

Coup de tonnerre, les médias peu habitués à un tel évènement s’en emparèrent, actualités dans les télés, envoyés spéciaux… et tout le monde des petites écoles devenait au courant de la menace qui pesait sur tous en même temps apprenaient que quelques-uns résistaient.

Dès septembre, dans la Vienne, une première « association de défense et de promotion de l’école rurale » (ADPER)[2] se constituait alors (enseignants de classes uniques, maires, parents). Puis un matin brumeux de novembre, dans la petite salle des fêtes de Vallière perdue dans la Creuse, se retrouvaient après avoir voyagé toute la nuit une quinzaine de personnes, enseignants et parents venant de toute la France. Personne n’a jamais pu se souvenir comment elles s’étaient contactées sans se connaître pour se retrouver dans un  lieu aussi improbable ! De retour et dès le lendemain, l’un  des participants lançait au cours d’une conversation téléphonique l’idée d’un colloque sur l’école rurale pour qu’on n’en reste surtout pas à ces quelques échanges de points de vue. Pour se défendre, il faut peaufiner ses arguments, les faire connaître pour que d’autres s’en emparent. Sitôt dit, sitôt fait !

Pâques 1990, le colloque du Vigeant dans la Vienne. Pour faire converger des personnes disparates que l’on ne connait pas, il faut arriver à communiquer… avec les moyens du bord, c'est-à-dire sans moyens financiers ! Chaque semaine suivant ce mois de novembre et jusqu’à Pâques, une feuille, puis un recto-verso, puis un quatre pages furent envoyés à partir de Moussac dans la Vienne dans toutes les petites écoles connues, dans les classes uniques qui échangeaient déjà. Nous utilisions en trichant la franchises postale qui existait entre fonctionnaires… mais à laquelle les écoles n’avaient normalement pas droit !  Les enseignants de ces écoles les répercutaient à leur tour à leurs maires, aux parents, à d’autres. Et puis il y avait aussi le minitel et la liste de diffusion du réseau d’écoles Freinet (qui squattait le serveur télématique du rectorat de Nice !). Si bien qu’à Pâques 150 personnes, enseignants parents, maires de 25 départements se retrouvaient pour deux jours dans le centre AFPA du Vigeant et étaient hébergées gratuitement dans un ancien casernement militaire désaffecté.

Les « ploucs » comme ils s’appelaient, organisateurs de la Vienne, n’avaient jamais mis les pieds dans un colloque. Il n’y avait donc aucun intervenant, aucun thème proposé, mais tout le monde était réparti de façon aléatoire en petits groupes d’une quinzaine de personnes chacun étant animé par ces instits des classes uniques de 3ème type habitués à faire parler et s’écouter leurs élèves. Les deux jours furent intenses, surprenants pour les quelques visiteurs habitués aux vrais colloques et qui n’avaient jamais vu ça. La constitution d’une fédération de l’école rurale fut programmée pour juin et surtout les actes du « colloque » furent rédigés en plusieurs soirées dans la semaine qui suivie par les participants eux-mêmes de la Vienne qui étaient sur place, photocopiés dans quelques mairies amies, envoyés et répercutés… toujours avec la franchise postale usurpée[3].

Tous avaient enfin par écrit les arguments solides sur lesquels s’appuyer, les carnets d’adresses pour les échanges, et de nombreuses classes uniques s’inscrivaient dans une liste de diffusion du réseau télématique aussi bien pour les échanges de pratiques, les échanges entre enfants,  que pour les actions militantes.

Juin 1990, création de la fédération de l’école rurale. Dans la foulée en juin, à l’Aubépin petit village des Monts du Lyonnais, des participants des différents départements au colloque du Vigeant se retrouvaient pour créer la Fédération Nationale de Défense et de Promotion de l’Ecole Rurale[4]. Cela devenait un mouvement qui se dotait d’un outil et se structurait pour coordonner et agir. Il devenait visible, devenait une « personne morale »,  pouvait interpeller les autorités, aller au ministère, protester, organiser des manifestations… Parallèlement d’autres ADPER locales ou départementales se créaient.

Sous l’impulsion des classes uniques, fer de lance du mouvement, l’axe principal de la défense des classes uniques et petites écoles à deux classes était qu’elles étaient l’école du XXIème siècle, donc une autre école, déjà l’école d’un futur. Et nous pouvions le prouver. Dans la période qui suivit, il y eut une multitude d’actions de tous ordres : ouvertures des classes à la population pour montrer et discuter de ce qui s’y faisaient, interventions dans toutes les institutions ou manifestations où il était question de ruralité, introduction dans les colloques universitaires et même jusqu’au parlement européen de Strasbourg, participations de classes uniques à de grande manifestation comme média-jeunesse de Niort, expositions, stands sur les marchés, communiqués de presse… et même la création d'une vraie revue qui obtenait le routage de la poste comme les périodiques nationaux (Ecole rurale, école nouvelle, communautés nouvelles).

Le mouvement faisait beaucoup parler de l’école (beaucoup plus qu’on en parle aujourd’hui), les journaux locaux, FR3 faisaient des reportages dans ces écoles pas comme les autres et auxquelles des parents et des villages tenaient… Il y eut même deux émissions de grande audience à l’époque qui firent quelque bruit : une d’envoyé spécial  dans la classe unique de Moussac sur Vienne et une émission en direct d’une heure dans la même école par Les grandes familles sur Canal +. Il se dessinait une curiosité certaine et un courant sympathique en faveur de ces écoles dites à tort « archaïques ». Elles commençaient même à faire envie.

 Pâques 1993, le colloque de Crozon : Écoles rurales, écoles nouvelles. L’intitulé n’était pas innocent. Il ne s’agissait plus seulement de défendre la situation d’une minorité mais d’enclencher une transformation du système éducatif et de ce qui s’y faisait. Le mouvement sentait bien qu’il fallait mieux frapper l’opinion publique et qu’il fallait que des personnalités connues se mouillent. Ce fut le colloque de Crozon où cette fois de vrais intervenants de notoriété indiscutable ont fait de vraies conférences. Il y eut ainsi le chronobiologiste Hubert MONTAGNER, l’écrivain Per Jakez HELIAS, le directeur de l’IUFM de Lyon et conférencier Philippe MEIRIEU, le directeur de l'Observatoire Européen de la Violence Scolaire Eric DEBARBIEUX, le philosophe et mathématicien Michel AUTHIER, le président de la Confédération paysanne, le pédagogue Paul LE BOHEC… et Françoise ŒUVRARD sociologue et auteure d’une étude commandée par le ministère de l’Education nationale sur les résultats des classes uniques. De nombreux ateliers organisés par les participants, 500 personnes, 70 départements représentés, 3 jours hébergés et nourris pour 150 F (une trentaine d’euros !) dans un centre de vacances en face des rochers de Crozon ! Le système D habituel pour les instits de classes uniques, la recherche d’alliés et d’aides complices avait été porté au plus haut niveau.

Mais c’est la révélation que nous fit Françoise Oeuvrard qui fut le point culminant : le ministère de l’Education nationale, énervé par le remue-ménage que nous provoquions et pour nous clouer le bec avait commandé à son département de l’évaluation et de la prospective une étude sur les résultats scolaires des classes uniques, travail confié à Françoise Oeuvrard. À la surprise, voire à la stupéfaction générale, la conclusion de ces travaux qui n’avait pas été rendue publique était sans appel : les résultats des classes uniques étaient supérieurs à la moyenne nationale, pire, les résultats des regroupements intercommunaux pédagogiques créés pour justement éliminer les CU étaient, eux, inférieurs à la moyenne nationale, ce qui avait été censuré dans le rapport officiel. Dans la foulée, les travaux d’Alain Mingat du très officiel Institut de l’économie en éducation de Dijon (IREDU) démontraient qu’en plus les économies d’échelle visées ne faisaient en réalité que transférer une charge sur les collectivités locales sans compter les dégâts collatéraux sur la santé des élèves déjà dénoncés publiquement avec force par le docteur Guy Vermeil. Dans la foulée aussi un rapport de l’Inspection générale, dit rapport Ferrier, allait dans le même sens. Plus tard l’Observatoire de l’école rurale confirmait tout cela.

1993, un moratoire décrété. Le colloque fit du bruit jusque dans les couloirs du ministère nous conta Françoise Oeuvrard, et le ministre de l’époque, François Bayrou, d’un gouvernement pris aussi dans la grogne contre la suppression des services publics en milieu rural, décréta un moratoire quant à la suppression de toutes les classes uniques.

Nous savions cependant que tout n’était pas définitivement gagné, l’ensemble des enseignants, syndicats, fédérations des parents d’élèves, mouvements pédagogiques de l’école publique restaient prudemment plus ou moins silencieux, ces « ploucs », certes bien gentils mais qui devenaient quelque peu révolutionnaires, les inquiétaient.

1994, création d’une association européenne de défense de l’école de proximité. Je ne sais plus comment les CREPSC (transformation en 1993 de la première Association de Défense et de Promotion de l’École Rurale en Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication), furent connus par l’Institut des Communautés Educatives portugaises, mais nous fûmes contactés par eux pour intervenir dans un  grand rassemblement des écoles isolées portugaises près de Porto. C’est là, puis à Setubal et Lisbonne, puis à Autrans (lors du colloque), puis finalement à Barcelone, que se constitua cette association européenne avec la Fédération des Mouvements de Rénovation Pédagogiques espagnols et d’autres associations de Galice, d’autres associations portugaises comme l’association In Loco qui militait pour l’appropriation de la santé par les citoyens, une association du Pays de Galle, et les CEPSC, la FNER et l’ACEPP (Association des Collectifs Enfants Parents Professionnels – crèches parentales) du côté français. Il est vrai que faute de moyens cette fédération internationale n’a pu perdurer… mais elle avait été tentée.

Pâques 1995, le colloque d’Autrans avec le Parc naturel du Vercors : École rurale, communication et technologies nouvelles.  Ce fut un peu le point d’orgue de cette résistance que nous croyions gagnée. Profitant d’une certaine effervescence provoquée à l’époque par l’introduction des technologies nouvelles de communication et la volonté politique et économique de les développer, forts de leur expérience depuis plus de dix ans de leur utilisation dans les classes uniques, les CREPSC organisèrent ce colloque en collaboration avec le Parc Naturel du Vercors directement intéressé pour l’introduction du télétravail sur le plateau et  qui leur offrait ses moyens matériels et financiers ainsi que l’infrastructure de la station de ski d’Autrans inutilisée à Pâques. En trois jours, quotidiennement plus de 500 personnes, une centaine d’intervenants dans d’innombrables conférences et débats, dont des institutionnels comme le directeur du CRDP de Poitiers ou celui du département Sciences-éducation de Rennes, des portugais, des  espagnols, des italiens, une suédoise directrice de la télé éducative de Suède, un étatsunien, une multitude d’enseignants, de parents, d’associations ayant des expériences éducatives locales originales pouvant enclencher des débats. L’INRP (Institut National de la Recherche Pédagogique) s’y était associé et devant l’ampleur que prenait l’évènement le CRDP de Grenoble et le rectorat tinrent à figurer sur l’affiche, même le ministère envoya un Inspecteur général… en observateur.

Le combat semblait gagné, au moins les classes uniques pouvaient être tranquilles même s’il n’était toujours pas tenu compte de leur apport quant à la transformation de l’école.

1996, patatras ! Le moratoire est supprimé par Ségolène Royal. Il est vrai que le mouvement s’était endormi, beaucoup des vieux combattants de la première heure avaient pris leur retraite où s’ils étaient parents n’avaient plus leurs enfants à l’école primaire. Ce qui avait fait la force du mouvement, c'est-à-dire lutter aussi pour une autre école et en filigrane pour une autre société en portant en avant les classes uniques était abandonné par la fédération ne le jugeant pas rassembleur. Il n’y eut plus de levier de boucliers. La tendance était à développer les RPI éclatés (regroupements pédagogiques intercommunaux)

Jusqu’en 2013, l’éradication reprend de façon informelle au gré de l’appréciation des inspecteurs d’académie et des recteurs qui fixent eux-mêmes les seuils de fermeture, les modalités de comptabilisation des effectifs (moins de 5 ans non comptabilisés ou non autorisés s’il n’y a pas de maternelle, enfants hors commune non comptabilisés, etc.).  Toujours bien sûr au non de « l’intérêt de l’enfant » en s’assoyant sans vergogne sur les propres travaux du ministère ou sur les apports de plus en plus nombreux des neurosciences, des chronobiologistes… autant que sur l’écologie (transports) ou sur le développement rural durable.  

 À partir de 2013 l’éradication officielle et systématique reprend. C'est à partir de la loi du 8 juillet 2013 sur l'aménagement du territoire scolaire qu'elle s'organise. Cette fois c’est par l’intermédiaire de conventions départementales pour l’aménagement du territoire scolaire avec comme carotte et menace le maintien provisoire de la dotation globale de postes dans chaque département si les enfants des petites écoles sont regroupées, en général dans la ville la plus proche. La première convention est signée en 2014 dans le Cantal. La concertation pour définir et signer ces conventions, comme en 1989, a lieu entre académies, conseils généraux, grands élus et maires des villes. Les maires des petites communes directement concernés n’y sont pas conviés ou il n’est pas tenu compte de leurs protestations ni de leurs arguments, pas plus que celles des parents ou des enseignants. Des résistances ont été tentées comme dans le Lot[5]. Mais les isolements, l’absence de coordinations à un niveau national, la faiblesse d’une fédération devenue invisible et sans moyens, l’absence de soutien de l’opinion publique, le peu d’engagements réels à leur côté des grandes organisations qui n’ont pas saisi les enjeux qui dépassent le monde rural, tout ceci les rend vaines. Les communautés de communes font aussi perdre la notion d’école communale qui était pourtant fondatrice de l’école publique. Peu à peu tous les départements signent ces conventions, c'est-à-dire la fin définitive des petites écoles. En dehors des petites communes concernées, l’opinion publique n’est pas touchée.

Paradoxalement, changement climatique, écologie, économie d’énergie, développement durable, autre consommation, habitat… enclenchent une recherche de la proximité, de la relocalisation, de la citoyenneté participative dans de petites structures, c'est-à-dire l’amorce d’un renversement des mouvements de population, mais pas vers d’autres concentrations.

Il ne faut pas croire que c’est seulement par un souci d’économie que l’État concentre ainsi la population scolaire comme se concentrent les moyens de production dans les mains de quelques multinationales, comme se concentrent les pouvoirs politiques dans quelques mains. Il s’agit bien depuis le début de la mainmise la plus absolue sur les esprits et les comportements sociaux… « pour le bien des enfants » !

Juin 2019. Deux grands quotidiens, Le Parisien et Sud-Ouest, s’aperçoivent qu’il n’y aura plus de petites écoles à la rentrée.

C’est l’indifférence qui enfermera notre société dans sa perte encore plus sûrement que les politiques aveugles.


[1] J’ai narré plus longuement cette aventure dans deux chapitres de « L’école de la simplexité » et dans « La fabuleuse aventure de la communication » (thebookedition.com)

[2] En 1993, l’ADPER qui regroupait surtout des enseignants et des parents des classes uniques se transforrma en CREPSC : Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication.

[3] La franchise postale pour les échanges dans les services publics fut définitivement et complètement supprimée en 1996.

[4] Dans cette première fédération, il y avait un appui de poids : L’association des élus de montagne, un des plus importants lobby politique national. Leur délégué général (un énarque) était venu au Vigeant, ce n’était pas par conviction éducative mais parce qu’il avait besoin d’arguments pour que les maires des petites écoles de montagne où les transports scolaires étaient difficiles ou impossibles en hiver acceptent… de conserver leurs écoles ! Nous pensions innocemment qu’il allait nous apporter les moyens financiers, mais la défense des petites écoles parce qu’elles étaient l’école du XXIème siècle était trop subversive et politiquement incorrecte et l’AEM se retira en 1993 pour participer à une autre organisation « Ecole et territoire » moins potentiellement dangereuse.

[5] Dès les débuts de l’éradication, de nombreuses communes ont saisi les tribunaux administratifs pour faire annuler les fermetures de leurs écoles. Pratiquement chaque fois il leur a été donné raison, mais chaque fois l’Education nationale en utilisant tous ses moyens juridiques (recours divers) a fait que les décisions ne puissent être appliquées immédiatement. Lorsqu’à terme, si les plaignants ne se sont pas découragés, une mise en demeure devien effective, il y a longtemps que les familles ont abandonné l’école.