sais-rien

Un lecteur du blog me pose ces questions :

Pardonnez mon ignorance ou mon incompréhension partielle ou non de certains sujets malgré tout ce qui a été partagé ou explicité jusqu'à maintenant, mais des questions demeurent à mon esprit lorsque je travaille sur l'ouverture d'une école de ce type pour la rentrée prochaine. A vrai dire, votre vision des apprentissages nous correspond plus que celle plus répandue, nommée "démocratique" de type Sudbury.

Dans l'idée d'anticipation de création des nombreuses nouvelles écoles du 3ème type qui vont ouvrir en France et en Europe prochainement (je prophétise), serait-il possible et envisageable de sortir un livre très pratique sur le fonctionnement concret d'une école de ce fameux 3ème type ?
Bien que je sache que cette approche s'est faite progressivement sur le long terme et qu'il y a des aperçus dans votre livre "Chroniques d'une école du 3ème type" ou "La pédagogie de la mouche", un livre de ce genre serait fort utile je pense à de nombreuses personnes (nous en premiers).

Des questions du genre : que doit-on mettre en place et avec quoi au quotidien ? Quels sont ces ateliers permanent ou éphémères ? Quels sont les espaces particuliers (affichage de textes, projection, repos, partages de découvertes…) ? Quelle est l'implication concrète des parents et intervenants, acteurs du village dans l'école et inversement ? Combien d'enfants pour quel bâtiment ? Avez-vous un exemple de tableau d'organisation dont vous parlez ici ? Que montriez-vous à l'inspecteur pour passer le test de l'E.N.? Comment régliez-vous les confits éventuels ? Faisiez-vous des bilans ou des prises de notes pour voir l'évolution et les progrès des enfants pour l'équipe "pédagogique", l'inspecteur et les parents?  Comment et par qui étaient organisées les sorties et leurs financements…

En bref, tout ce qui touche de loin ou de près à l'organisation et au fonctionnement de la vie au quotidien dans l'aspect plus pratique et matériel que l'aspect plus théorie des apprentissages déjà explicité. Le but n'est pas de tout reprendre à la lettre sans analyser mais d'avoir un aperçu global assez détaillé du fonctionnement.
Ces choses sont peut-être abordées dans les conférences que vous donnez mais desquelles je n'ai pas encore pu assisté.

Merci !

A vrai dire, lorsque j’ai commencé à écrire à partir de l’expérience que je vivais et pour comprendre et faire comprendre pourquoi « ça marchait » (à partir des années 1980 !), je ne pensais pas que l’expression « une école du 3ème type » allait devenir un modèle, tout au moins le modèle français de l’informel !!! Bien sûr que ce n’est pas du tout un modèle ! Je me méfie viscéralement de tout ce qui est modèle. Dans les innombrables échanges avec les amis et collègues d’autres écoles, en particulier des classes uniques, ce sont les convergences qui sont apparues qui ont confirmé l’incontournabilité d’un certains nombre d’éléments.

Mais, vous avez raison, si ce n’est pas d’un modèle dont tout le monde a besoin, ce sont des exemples qui peuvent être utiles ou nécessaires, peut-être plus encore quand il s’agit de créer une école que lorsqu’il s’agit d’essayer de modifier quelque peu ce qu’on peut faire dans les contraintes et la rigidité de l’école publique (voir par exemple l’excellent film « dans la classe de Sophie).

Je n’ai pu donner de « mode d’emploi » de la navigation dans un paradigme… de 3ème type, comme on peut le faire quand il s’agit d’une pédagogie. C’est peut-être dans le premier livre paru, « Une école du 3ème type ou la pédagogie de la mouche » (L’Harmattan) que j’ai été plus concret, mais c’était par rapport à une classe unique de l’école publique (je pensais, bien innocemment, que l’école publique pouvait y trouver des éléments de sa transformation).

Ensuite, dans « L’école de la simplexité » (TheBookEdition.com) j’ai essayé d’approfondir les éléments qui avaient fait le fondement de ma classe unique ainsi que des quelques autres qui allaient dans le même sens. J'y ai bien abordé les questions que vous posez, mais trop dense, trop compliqué, trop de théorie, trop volumineux m’a-t-on souvent dit ! Cet ouvrage n’a d’ailleurs pas trouvé d’éditeurs (mais j’ai vite abandonné leur recherche !) et est simplement autoédité chez TBE… sans succès.    

Alors je me suis lancé dans l’écriture de chroniques plus simples, sur mon blog et dans l’ouvrage édité par l’Instant présent (chroniques d’une école du 3ème type). La suite de ces chroniques paraîtra en mars, toujours à l’Instant Présent (Une école du 3èmetype,explorer un autre paradigme avec les enfants) .

C’est vrai que, face à la complexité, j’ai organisé mes écrits sous forme de puzzles, laissant aux lecteurs le soin d’en extirper ce à quoi ils adhéraient ou qu’ils ressentaient eux-mêmes dans leurs vécus pour constituer leur propre pensée et en induire leurs propres modes d’action.

Mais vos interrogations m’interpellent bien sûr comme celles qui sont faites au cours des nombreuses rencontres et visites que je fais depuis quelques années. La simplexité, pour naviguer dans la complexité et la permettre, demande à avoir quelques repères… simples. Comme pour apprendre à écrire-lire, ce sont des repères qu’il faut se constituer… mais aussi en écrivant-lisant, c'est-à-dire en faisant !

J’essaie actuellement de faire un condensé de ce qui pourrait éventuellement (ÉVENTUELLEMENT !) constituer un catalogue de ces repères. Je le fais sur un powerpoint pour m’obliger… à condenser l'écriture sur chaque diapo ! Je le mettrai bientôt en ligne

Mais, le plus important :

Ce qui me semble indispensable pour tout créateur d’école ou tous ceux qui veulent faire évoluer leur école (même si ce sont des écoles Freinet ou Montessori ou autres alternatives) ce sont les échanges, les rencontres, les visites, entre eux. C’est comme cela que s’est élaborée l’école du 3ème type et nous nous étions donné les moyens pour le faire. Ces moyens devraient être encore plus faciles aujourd’hui, ils existent en particulier avec Facebook, les blogs, mais ils sont quelque peu disparates, assez peu pratiques pour la continuité, le suivi et l’interaction. Il y a aussi des pré-carrés qui se constituent pour défendre et promouvoir leurs propres conceptions (Freinet, Montessori, écoles démocratiques, Sudbury, unschooling…), c’est dommage parce que chacun explore le même paradigme. J’insiste sur le terme « explore », parce que c’est bien le stade tout nouveau dans lequel se trouvent l’éducation et l’école tant qu’on ne pourra pas la supprimer pour tous. Pratiquement et stratégiquement ce serait cet espace commun d’échanges permanents (et œcuméniques !) que VOUS, VOUS TOUS, devriez vous donner les moyens de constituer. Au moins dans l’espace virtuel, mais aussi dans l’espace physique.(1)

Autrefois j’avais envisagé un « woodstock » informel de l’éducation et de l’école, où se retrouvent, comme sur le Larzac, tous ceux qui ne veulent pas seulement améliorer l’école mais qui veulent autre chose et qui de mille façons l’ont commencé. Albert Jacquard avait même accepté d’en être le parrain. Au Brésil, au Portugal, en Espagne... des amis étaient prêts à se mobiliser, à organiser les transports ! C’était trop démesuré et je n’avais trouvé aucune ville, aucun lieu qui accepte le risque de nous dionner les moyens.

Mais je pense qu’un tel rassemblement informel et sans étiquettes, sans chapelles, sans vedettes, regroupant une très vaste mouvance, se fera un jour.

Pour commencer, il suffirait que tous ceux intéressés passent une semaine de vacances… dans le même endroit ! Rien à organiser, pas de programme, chacun se débrouille comme d’habitude pour ses vacances, juste un lieu et une date commune à fixer ! Nous avons essayé à trois reprises, mais la sauce n’a pas vraiment prise. Ce n’était peut-être pas encore mûr, il n’y avait pas d’organisation ayant pignon sur rue pour faire le relai et le cautionner (Ah ! Ces français !), l’information avait peut-être été mal communiquée, insuffisamment tôt, les lieux pas suffisamment attirants… Mais ce n’est pas parce que des essais ont été décevants quant au nombre de participants (mais pas décevants quant aux moments passés ensemble !) que l’idée n’est pas à reprendre !

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(1) Il en existe bien un... petit. C'est la liste de diffusion "pratiques". Au début il s'agissait d'enseignants de l'école publique, surtout des classes uniques, des enseignants Freinet. Puis d'autres enseignants y ont participé (il n'y a pratiquement plus de classes uniques !). Puis des parents. Puis des animateurs, facilitateurs d'écoles alternatives. Autrement dit il est tout à fait possible que, dans le même espace, se côtoient et échangent des personnes qui ne sont pas dans les mêmes contextes, dans les mêmes conditions, qui n'occupent pas les mêmes positions, qui n'ont pas les mêmes origines pédagogiques, qui n'en sont pas au même état d'avancement, qui n'ont pas les mêmes problèmes... mais qui toutes se respectent, s'écoutent s'entraident et contribuent chacune à leur niveau à l'intelligence collective.