gilets-jaunes

J’ai rigolé lors de l’annonce de la fermeture des écoles en postant sur FB « Grâce au corona Blanquer généralise l’IEF ! » Blanquer a bien précisé, « Pas question que les enfants s’arrêtent de travailler » Non mais ! La « continuité dite pédagogique », le programme… En 68, pendant un mois la grève a fait fermer les écoles, il n’y a pas eu d’injonction de personne à « faire travailler les enfants », cela a été de longues et joyeuses vacances… à ce que je sache aucun enfant n’en est ressorti plus idiot !

On pourrait croire, et les parents se laissent aller à croire, que c’est le souci des enfants qui animerait notre ministre. Bien sur que non ! Ce ne sont pas les enfants qui risquent d’être mis à mal par une fermeture sanitaire, c’est le système scolaire lui-même et c’est ce qui a le plus fait hésiter l’État.

L’historien de l’école, Claude Lelièvre, dans un billet sur médiapart, rappelle qu’en 2009, au moment d’une grosse épidémie de grippe d’un nouveau virus, la France avait envisagé la fermeture des écoles… pour vite y renoncer… vu le risque encouru… par le système éducatif.  

Alain Bouvier (ancien recteur et membre du Haut conseil de l'éducation, donc pas n’importe qui) s’en expliquait dans un article sous le titre "L'école après la grippe".

Quelques extraits pour vous faire tout comprendre :

(…) Si le confinement se poursuit pendant plusieurs mois (qui sait ?), la diversification des pratiques effectives des élèves et des familles s’intensifiera. D’uniforme, l’école deviendra hybride. De formalisée jusqu’au moindre détail, elle tendra à être indescriptible.

(…) Pour aller vers quoi ? Que sera le rôle de l’État ? Un jour le confinement cessera et… tout ne reviendra pas dans l’ordre précédent.

Lâchez les poules du poulailler, elles ne voudront plus y rentrer !

(…) Pendant des semaines, les élèves et leurs familles auront inventé, construit et fait fonctionner une autre école.

Donc c’est possible… sans l’État !

(…) Les familles rescolariseront leurs enfants, mais elles chercheront de nouveaux équilibres avec les enseignants. Je peine à imaginer lesquels. (…) Les parents ne seront plus " sur le paillasson " de la classe, selon la remarque faite par une délégation québécoise venue en France observer nos établissements scolaires. D’usagers, ils deviendront parties prenantes.

Et oui, les familles cesseront d’être des moutons pourvoyeurs d’enfants transformés en élèves !

Au collège, ce sera plus difficile de trouver un nouvel équilibre. Les élèves ne voudront pas renoncer à l’autonomie acquise(…)

Ce n’est donc bien pas à l’école que les enfants acquièrent l’autonomie… qui embarrasserait trop l’école !

Un nombre plus important de parents se seront emparés de ce que font leurs enfants. Placés soudainement par la grippe au cœur du réacteur, en majorité ils n’accepteront pas de se retrouver rejetés à la porte de l’Ecole et de la classe.

Autrement dit l’État ne sera plus le maître !

 L’École du XIXème siècle sera révolue, celle du XXIème entamera son élaboration.

Pas facile de savoir dans l’extrait cité par Claude Lelièvre si c’est ce que ce membre du Haut Conseil de l’Education prévoit, craint et veut empêcher (renoncement à la fermeture). Mais cette fois en 2020, grâce à un virus qui serait bien plus méchant que tous les autres, la fermeture a été décidée.

Est-ce que la prédiction va se réaliser ? On pourrait donner un coup de pouce pour qu’elle se réalise ! Puisque si quelques-uns vont s’arrêter de respirer, la plupart auront justement du temps pour respirer… avec leurs enfants, de s’interroger, de s’informer, de cogiter, d’échanger avec ceux qui sans attendre le virus on fait depuis très longtemps fait une autre école ou même quitté l’école…

Alors peut-être que le virus aura fait ce que nous ne sommes pas arrivés à convaincre depuis des  décennies !

(Tous les extraits cités dans le billet de Claude Lelièvre)