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Le blog de Bernard Collot
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25 novembre 2023

Sans interdits il ne peut y avoir de liberté ?

interdit

 

 

J’avais, il y a déjà longtemps, publié cette chronique audio sur les interdits :

https://audioblog.arteradio.com/blog/97411/podcast/102464/44-l-ecole-a-socialisatrice

« Sans interdits, il ne peut y avoir de liberté », phrase extraite d’une série de commentaires après la publication d’un texte publié par Daliborka Milovanovic Rignault.

C’est ce qui est asséné en permanence et qui justifie toutes les coercitions. C’est d’ailleurs ce qui permet de vouer aux gémonies toutes les idées libertaires et anarchistes. Une question n’est pratiquement jamais posée et explorée : qui formule, édicte, fait appliquer les interdits ? Il n’y a également pas grande différence entre interdictions et obligations, les unes et les autres foisonnent.

Basé un vivre ensemble sur des interdits est une absurdité, ne serait-ce que parce qu’il faut alors en multiplier à l’infini la liste en même temps que la liste des sanctions qui obligatoirement les accompagnent. D’autre part tous les interdits doivent être décrétés, figés dans la loi, et surtout instaurés et faits appliqués et sanctionnés par une autorité qui se voit ainsi parée d’un pouvoir qui n’est que le sien. Dans une école démocratique où pourtant les interdits étaient discutés, décidés, jugés et sanctionnés par la communauté elle-même, j’ai déjà raconté que les affiches rappelant le règlement et ses interdits couvraient les murs, jusqu’aux « il est interdit de courir dans les couloirs » ; l’assemblée de justice qui demandait à une enfant fautive pourquoi elle n’avait pas respecté cet interdit, celle-ci répondit « j’étais pressée parce que… ! », autrement dit il devenait interdit d’être pressé !

Vous qui avez été enfants et adolescents savez que rien n’attire autant que de braver un interdit. C’est bien à cause de cet interdit que nous avons été des milliers d’ados à fumer une première cigarette, planqués derrière un mur ou un buisson, puis qui sommes devenus des adultes fumeurs ! Le plus célèbre exemple a été la prohibition aux États-Unis, période où il ne s’est peut-être jamais autant bu d’alcool et qui a permis le développement des mafias qui n’a ensuite plus cessé.

Tous les interdits qui régissent notre vie ont été édictés par les dominants de tout poil, qu’ils aient été bienveillants et soucieux de nous (rares !) ou qu’ils aient été plutôt soucieux des intérêts de leurs castes (oligarchie, ploutocratie…) qui les ont choisis et leur ont donné les moyens d’être dirigeants (on dira d’être élus dans nos fausses démocraties). Aujourd’hui, on est de plus en plus obligés de constater que ces interdits ne les concernent pas ou qu’ils se permettent gaillardement de les contourner (ou appelle cela « les affaires » quand elles apparaissent au grand jour !).

 

« On ne peut pas » ou « ce n’est pas possible » n’est pas pareil que « c’est interdit » ! Mais l’acceptation d’un « on ne peut pas » ne peut être que la résultante d’un consensus produit par les concernés.

Que l’on ne puisse pas faire tout ce que l’on veut parce que l’on vit avec d’autres, c’est évident. Par exemple, que l’on ne doive pas rouler à gauche sur une route n’a pas besoin d’interdits, d’ailleurs c’est bien la seule chose que la maréchaussée n’a pas besoin de surveiller : il s’agit simplement d’une convention acceptée sinon, sans elle, personne ne pourrait rouler tranquillement sur une route. Les lignes blanches qui marquent la chaussée sont d’abord faites pour aider à mieux situer où l’on roule, donc à appliquer la convention pour limiter nos risques.

S’il y a besoin de règles, parfois provisoires, ce ne sont pas celles qui interdisent qui sont nécessaires mais celles qui permettent. Je ne peux pas construire n’importe où sur un littoral pour permettre à tout le monde d’y circuler. Mais si je veux construire une maison sous une coulée d’avalanche, une falaise qui risque de s’effondrer ou en zone inondable et si je n’empêche ou ne lèse qui que ce soit, tant pis pour moi lorsqu’elle sera détruite ! Dans une société raisonnable, je m’interdirais simplement de le faire parce qu’on m’expliquerait ce qui va arriver.  Je comprends qu’il faille que je doive payer des impôts pour permettre d’avoir par exemple des routes en état à ma disposition. Mais si c’est pour que l’État ou les collectivités locales alimentent avec ceux-ci les fabricants d’armes, les multinationales du BTP, la prolifération des hypermarchés des mêmes multinationales…, je n’ai plus aucune raison objective de les payer... Mais nous les concernés obligés de payer, n’avons jamais été consultés sur l’utilisation de nos contributions obligatoires. Imaginons par exemple que l’on ait organisé une discussion et un référendum pour savoir si nous préférions que nos deniers servent à organiser des jeux olympiques ou à ce qu’il n’y ait plus de sans logis sur le territoire, quel en aurait été le résultat ? Etc.

Ces interdits ou ces obligations s’accumulent d’autant plus qu’aujourd’hui, avec l’Union européenne, ils sont décrétés par ceux qui ignorent tout du contexte dans lequel ils seront appliqués.

  

Dans beaucoup de billets[1] j’ai expliqué que dans ma classe unique il n’y avait pas de règlement ni de sanctions, il n’y avait que ce qui provoquait des dysfonctionnements du vivre ensemble. C’étaient les dysfonctionnements qui étaient alors analysés et discutés par tous et pourquoi la façon dont nous nous étions auto-organisés provoquait tels ou tels comportements néfastes au vivre ensemble. On trouve alors toujours la solution sans avoir à désigner de coupables. Il n’empêche que le seul adulte (payé pour être là !) pouvait empêcher telles ou telles actions mais c’était par exemple « Désolé, je ne peux pas vous laisser faire cela (ou : je vous demande de faire cela) parce qu’autrement l’inspecteur fermera l’école » ce que la communauté d’enfants ne pouvait pas savoir ! C’est la seule raison qui permet à l’adulte de faire qu’il soit accepté comme pouvant « faire autorité ». Tous les visiteurs pouvaient constater que les enfants vivaient ainsi sans violence sans qu’apparaissent des lois régissant la vie communautaire ou une surveillance (veiller n’est pas surveiller !).

Donc c’est possible puisque cela l’est pour des enfants. Mais il est évident que lorsqu’ils ne l’ont jamais vécu, qu’ils ont vécu sous le régime des interdits, des obligations et de leur violence institutionnelle, devenus adultes ils ne peuvent que reproduire les mêmes comportements dans lesquels ils ont été éduqués, au mieux devenir des rebelles.

On revient sans cesse à ce que produit l’école plus encore que la famille puisque les enfants y passent quotidiennement la plus grande partie de leur temps de construction en adultes.

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