Suite au billet du 7 septembre

 

Ce billet, publié dans « rebonds » de Libé, m’a valu une volée de bois vert de la part… de gens plutôt dans une mouvance semblable à la mienne ! des enseignants bien sûr.  J’ai d’ailleurs toujours été surpris de voir appliquer le terme de « démagogue » à ceux qui vont à rebrousse-poil des idées communément admises. Je croyais que c’était plutôt caresser dans le sens du poil… comme quoi j’ai dû être formé dans cette école de crétins (pardon, cette école qui forme des crétins !)

Il est évident que si logiquement on donnait la possibilité de choix aux parents (et peut-être même aux enfants), il y aurait un certain nombre de conséquences :

 

D’abord il faudrait qu’on accepte enfin comme une réalité le fait, qu’en ce qui concerne les processus d’apprentissage, on n’en est encore qu’aux balbutiements de nos connaissances. Les affirmations péremptoire d’un Ministre sur l’apprentissage de la lecture sont grotesques et rappellent, qu’en d’autres temps, les plus doctes penseurs affirmaient que la terre était plate et l’édictaient en circulaires (pardon, en dogmes !). Mais nier aussi que les sciences cognitives ont fait quelques progrès (celles auxquelles se réfèrent les « pédagogues » fustigés) serait aussi stupide que d’en rester au temps de la saignée et nier Pasteur, la génétique… Ce d’autant que les pistes abordées par certains chercheurs comme Varela et ceux de Palo Alto sont aussi dérangeantes que celles sur lesquelles nous ont lancé des Darwin ou Mendel. Cette reconnaissance engagerait donc l’ensemble du monde enseignant dans une humilité plus féconde que les outrecuidances complaisamment affichées et médiatisées.

 

Ensuite il faudrait que les établissements aient le courage d’afficher leurs orientations et stratégies éducatives. Pour ce faire il faut d’abord en avoir, ensuite que des équipes se forment autour de ces orientations et s’inscrivent dans ces stratégies.

Or, cela ne devrait pas être très difficile puisque depuis la loi de 1989 chaque école doit avoir un « projet d’école », fixé pour 3 ans, débattu avec les partenaires de l’école dont les parents. Le problème, c’est, qu’actuellement, la quasi totalité de ces projets n’ont aucune globalité, évitent de toucher l’essentiel des apprentissages et se contentent d’évoquer quelques activités annexes ou complémentaires qui n’ont pas toujours grande signification et dont on évalue rarement les maigres effets.

Théoriquement chaque projet devrait être évalué pour être ajusté chaque année, avec les partenaires (en conseil d’école).

Et, théoriquement encore, tout nouvel arrivant dans l’école doit accepter le projet en cours. Ce qui est stupéfiant, c’est que lors des mouvements de professeurs des écoles, aucun document ne précise le projet d’école afférent aux postes à pourvoir… Les enseignants postulent donc sans se préoccuper des caractéristiques de l’emploi qui les attend. Etonnant non ?

Il suffirait donc simplement d’appliquer la loi un peu plus à fond (que le projet d’école définisse véritablement l’approche éducative qui a été adoptée) et de faire respecter des règles élémentaires.

 

Si en ville il y a plusieurs écoles donc plusieurs possibilités de choix, resterait le problème des bourgades où il n’y a qu’une seule école. Mais là aussi les structures existantes rendent possible la différenciation :

La loi de 89 a instauré les cycles qu’aucun ministre n’a encore défait. On sait que les petites unités sont plus efficientes que les macrostructures. On sait que les classes hétérogènes ou classes multiâges sont également plus efficientes (je vous en reparlerai plus longuement, mais vous pouvez aussi aller voir mon site à ce propos). Alors ? Alors il suffit, dans le même bâtiment, de scinder ce qui faisait un établissement  en deux établissements. Cela n’a rien de démago : cela se fait dans quelques écoles de ZEP où l’on a même coupé la cour en deux, cela se fait dans une école de la Paillade à Montpellier où l’on a le choix entre des classes uniques, des classes de cycle, et des classes mono-cours (ce qui donne un éventail du moderne au traditionnel).

Quant aux écoles de campagne, presque toutes en RPI, le ramassage scolaire existe ; il suffirait que dans un regroupement on retrouve une classe unique (dont les approches vont nécessairement être du côté des pédagogies modernes) et deux autres écoles moins hétérogènes et plus traditionnelles.

 

Et tout cela ne coûterait rien ! Mais, faire disparaître la carte scolaire sans laisser cette possibilité de choix serait alors la pire des ghettoïsation