Un ministre, De Robien, persuadé qu’il sauve l’école. Un linguiste, Bentolila, qui croit que, parce qu’il connaît les mécanismes de la langue (on peut supposer qu’il les connaît), il sait comment un enfant l’apprend. Et cela donne la dernière trouvaille en date :

Comme le vocabulaire d’une partie des enfants est insuffisamment riche pour qu’ils apprennent facilement à lire (ce qui n’est pas faux), instaurons des « leçons de mots » dès la maternelle. De là à ce que, sur la lancée, les parents ne soient pas incités fermement à faire une heure de « leçon de mots » dès le premier âge, il n’y a pas loin. Ce qui est devenu plus que des menaces, de la suppression des allocations à l’obligation de participer à des « écoles de parents », figure dans les programmes électoraux de ce qu’on appelle « grands candidats » sans que cela soit même de la dérision ! C’est à se demander, messieurs De Robien et Bentolila, comment des milliards d’enfants ont pu parler sur cette fichue planète, sans « leçons de mots ». Toute personne sensée peut même être amenée à penser que c’est justement parce qu’ils n’ont pas eu de « leçons de mots » mais qu’on leur a parlé et qu’ils ont pu parler… qu’ils parlent !

Parce que, expliquez-moi messieurs les ministres et savants, comment on peut penser améliorer le vocabulaire d’enfants qui en ont besoin quand l’essentiel de vos instructions (ordres), recommandations, consiste à empêcher les enfants de parler en classe hors de l’interrogation ou de l’injonction du maître ? Quand le retour en arrière que vous prônez en faisant semblant de ne pas le faire, consiste à empêcher la vie d’entrer dans l’école, la vie qui seule incite un enfant, et même un adulte, à parler… donc à aussi rectifier et enrichir le vocabulaire qui sert avant tout… à parler ? Vous faites, Monsieur De Robien, comme un de vos éminents collègues, ministre qui déclare un jour que « un policier n’est pas fait pour discuter avec les jeunes mais pour les arrêter quand ils sont délinquants »… et qui 5 ans plus tard devant les faits qui empirent, est obligé de ré-envisager l’instauration de ce qu’il a supprimé, des policiers qui parlent normalement avec les gens dont ils sont proches parce qu'ils doivent assurer leur sécurité, ce qui s'appelle aussi de l'aide[1].

Et puis, Messieurs les donneurs de leçons de pédagogie, vous rendez-vous compte qu’ainsi vous êtes en train de réhabiliter une partie de la « méthode globale » ? Le linguiste n’a pas du dire à son complice ministre que, s’il était nécessaire de connaître par avance les mots que l’on doit déchiffrer, c’est parce que cela va servir en partie à… les deviner ! Si on ne les connaît pas on ne peut ni les déchiffrer, ni leur donner du sens dans un contexte que l’on ne doit pas, paraît-il, avoir visualisé… globalement ! Et oui Monsieur le Ministre qui disiez il y a quelques semaines du haut de votre estrade ministérielle que lire n’est pas deviner ! Et oui, lire et apprendre à lire, ce n’est pas un truc qui se fait en 2O leçons, clef en main.

Mais il est quand même étonnant que des personnages comme Bentolila puissent penser que, parce qu’un mécanicien connaît parfaitement le fonctionnement d’une voiture, il ait aussi les compétences pour apprendre à conduire à d’autres, pire pour savoir comment on doit faire pour apprendre à conduire à d’autres. Même Noam Chomsky ne s’y est pas aventuré !



[1] A la même époque avait été supprimés ce que précédemment on appelait la police de proximité.