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Lundi, j’étais invité à passer un moment à « La maison des enfants »[1]de Blois, une école alternative, évidemment hors contrat (c’est un des scandales de notre Education nationale qui subventionne sans état d’âme les écoles confessionnelles et se garde bien d’aider les écoles laïques qui approchent différemment l’acte éducatif avec succès).

Impressions sommaires : je n’y suis malheureusement pas resté suffisamment longtemps.

Comme toujours, ce qui frappe lorsqu’on rentre dans ce qui est bien « une maison » des enfants, ce que devrait être tout lieu accueillant des enfants, c’est la tranquillité, mieux, la paisibilité des enfants (j’aime bien ce mot parce qu’il contient l’essentiel : « paix »). Il suffit d’observer leurs visages, leurs yeux, leurs attitudes… et on a déjà tout compris.

Marie-Reine qui a la charge quotidienne de l’école n’était pas là, malade. C’était Estelle, connaissant les enfants, qui assurait la permanence, sans aucun problème, ni pour elle, ni pour les enfants : cette école constituait bien une entité, un système vivant, un espace où s’est créée une vie avec ses habitus et qui fonctionne naturellement sans qu’il ait besoin d’être dirigé, contrôlé, surveillé. Surveillance (sur-veillance) : un mot inutile dans toute école alternative, remplacé par bienveillance (bien-veillance).

Tous les âges évidemment. Chacun vaquait à ses occupations, fort diverses. Etait-ce du jeu ? Du travail ? Impossible à discerner pour le visiteur, quoique pour les enfants il a bien une petite notion du travail, un peu diffuse, nous le verrons plus loin.

Je retrouvais un aménagement devenu maintenant classique dans les écoles différentes, une multitude de coins, de recoins, avec leurs fonctions particulières (coin de la loupe binoculaire, coin de l’argile, etc.), pas de bureau trônant de la profe, des productions affichées, exposées… Une critique (il en faut bien pour être crédible !), il manquait un atelier peinture permanent ! Je ne pouvais m’empêcher de me remémorer ma classe unique, c’est vrai qu’elle devait paraître un peu plus « bordélique » (cela tenait peut-être surtout de moi !), un peu moins clean (cela tenait un peu des vieux locaux scolaires !).

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Les enfants m’ont montré gentiment… ce qu’il fallait que je vois ! Nous avons passé un petit moment devant les exposés affichés. Il est difficile de distinguer dans toutes les écoles différentes ce qui provient de Montessori, de Freinet et d’autres, ce d’autant que ce jour beaucoup d’enfants étaient absents, en particulier des petits. Les exposés, c’était plutôt du Freinet classique, peut-être un peu trop classique mais manifestement les enfants y avaient trouvé du plaisir et en étaient très fiers. La fierté qui n’a pas besoin d’être ostensible ! Tous pouvaient être fiers de quelque chose, il suffit de demander « qu’est-ce que tu voudrais me montrer » pour le savoir, à condition qu’ils vous fassent confiance ce qui veut dire aussi qu’ils vous accordent une certaine estime.

Le Printemps de l’Education a lancé l’opération « qu’est-ce que serait pour vous l’école de vos rêves ». Les enfants étaient prévenus qu’ils allaient en parler avec moi. Gentiment ils s’assirent en demi-cercle.

La question du Printemps était vraiment incongrue ! Ces enfants n’avaient pas besoin de rêver sur ce sujet, en particulier un petit garçon qui venait d’arriver depuis une quinzaine de jours et pour qui c’était le paradis. Ils étaient pleinement dans « l’instant présent ». Mais nous avons essayé de jouer le jeu. Une petite fille s’est laissé à dire qu’elle aimerait qu’il y ait… moins de fractions ! Je l’avais vue auparavant, un peu embarrassée (mais pas du tout traumatisée !), montrer un cahier à l’éducatrice avec des histoires de fractions qu’elle ne comprenait pas « Bon, j’arrête, je verrais ça demain ! ». Du coup nous en sommes venus à parler un peu du travail. Les fractions, pour elle c’était du travail, du travail accepté parce qu’il faut bien « apprendre » mais il faut quand même s’y forcer, même quand cela embarrasse (mais on peut attendre demain ou après demain pour le poursuivre !). Faire un exposé est aussi du travail, mais pas du même ordre puisqu’on n’y est pas obligé, qu’on peut choisir. « Et la peinture, l’argile alors, est-ce du travail ? ». Embarras ! Finalement, dans ces écoles, la question ne se pose pas aux enfants puisque, de toute façon ils peuvent le faire.

J’ai poussé un peu sur la récréation puisqu’ils me disaient que dans la journée il y avait une récréation, dans le langage commun faite pour se détendre… s’amuser, elle pourrait être aussi pour se re-créer. Pour eux la récréation c’était simplement le dehors où ils pouvaient faire d’autres choses que dans l’intérieur. J’attendais avec curiosité s’ils allaient dire que la récréation c’était pour jouer, mais non, tous ces enfants ne parlaient jamais de jeu. Ils résolvaient l’apparente contradiction entre Maria Montessori pour qui le jeu était naturel et Célestin Freinet pour qui c’était le travail qui était naturel (en revisitant le sens donné au mot travail).

Bon ! Mais quand même il fallait bien essayer de dire ce que pourrait être une école encore plus de rêve pour faire plaisir au Printemps de l’éducation. « Une école dans un centre équestre ! Une école dans une ferme ! Une école au bord de la mer !... ». Comme nous étions dans la Sologne, je demandais « Et une école dans les bois pas loin d’ici ? » Là, il y a eu moins d’enthousiasme : « les bruits, la nuit… »… l’état sécure dont je vous parle souvent  ! Peut-être avec des profs de musique ou d'autres choses, ce qui voulait plutôt dire des adultes qui jouent de la musique , font d'autres choses quand on est intéressé par cela.

Ces enfants avaient tout dit en quelques mots ! Une école de la vie, dans la vie,… avec peut-être le problème de fractions qui ne devrait plus en être un ! ;-))))

Il aurait fallu rester bien plus longtemps dans cette « Maison des enfants de Blois » pour vraiment comprendre et décrire tout ce qui s’y passait. Il faudrait aussi pouvoir y revenir parce que tout ce qui ne se conforme pas à un modèle figé évolue sans cesse, se situe dans une praxis où la fin est toujours repoussée plus loin, jusqu'à une école du 3ème type, jusqu'à une société sans école, jusqu'à une autre société !

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 [1] Cette école se place sous l’égide Montessori.