Ci-dessous, lettre du professeur Hubert MONTAGNER adressée à DEI-France (Défense Internationale des Enfants) à propos de la suppression de l'institution indépendante "Défenseur des enfants".

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Je suis évidemment consterné par l’annonce de la suppression de l’institution “défenseur des enfants”. Il est bien connu que lorsqu’on veut atténuer, bâillonner ou éliminer une personne, un groupe ou un organisme, on l’immerge et on le dilue dans un ensemble fourre-tout. Dans le cas présent, il me paraît évident que la défense et la promotion des droits des enfants seront encore moins lisibles, audibles et efficaces.

Malheureusement, la suppression de l’institution “défenseur des enfants” était prévisible, sinon programmée, dès lors que les atteintes aux droits de l’enfant se multipliaient au cours des deux dernières années. “Grincheux de service” mais sans jouer les “Cassandre”, j’ai essayé de faire prendre conscience aux personnes, associations, syndicats et mouvements concernés, que l’enfant n’a pas de place clairement reconnue dans la société française, quand il n’est pas nié ou maltraité. Mais, sans succès. Je regrette de n’avoir pas été entendu, au moins partiellement. Probablement parce que les problèmes que j’ai soulevés, et que d’autres ont soulevés, étaient jugés secondaires par rapport aux modifications souhaitables ou nécessaires de l’arsenal législatif. Pourtant, la défense des droits de l’enfant ne passe pas seulement et “simplement” par un combat juridique contre les décisions scélérates du gouvernement, les intérêts des parlementaires ... mais aussi par un combat de fond et de tous les jours contre les dommages et outrages que subissent les enfants ... et dont la défenseur des enfants ne s’est pas forcément ou vraiment occupée.

Juste deux exemples :
1. les effets désastreux de la semaine de quatre jours combinée à la pression relationnelle et intellectuelle due au poids augmenté de l’apprentissage des “fondamentaux” au cours de quatre journées scolaires très denses ... qui sont objectivement les plus longues du monde, sans compter les devoirs à la maison qui réduisent les espaces de détente, de liberté et d’expression pour les enfants de tous âges, surtout quand ils vivent dans un milieu familial en difficulté (ils ne peuvent plus jouer et rêver). En effet, au cours de l’année scolaire 2008-2009, tous les observateurs attentifs, par exemple les responsables de l’éducation dans les villes (ANDEV), mais aussi de nombreux parents et enseignants eux-mêmes, sans compter les enfants, ont constaté ce qui était prévisible : des élèves de plus en plus épuisés, stressés, démotivés, en désamour de l’école à mesure que l’année scolaire se déroulait. On peut faire l’hypothèse forte que la fréquence des demandes de consultation médicale par les familles pour “troubles” du sommeil, “troubles” du comportement, désordres psychosomatiques ont augmenté de manière significative au fil de l’année 2008-2009. Je suis prêt à prendre le pari. Parallèlement, la fréquence des arrêts de travail a augmenté chez les professeurs des écoles (qu’en est-il de dépressions nerveuses, des désordres psychosomatiques, voire des fragilités immunitaires et des maladies ordinaires ?). En outre, nombre d’enseignants se sont sentis dévalorisés en constatant leur impuissance dans la transmission du savoir et des connaissances aux enfants les plus vulnérables et en souffrance ... encore plus épuisés, stressés et démotivés que les autres. Des dégâts incalculables ont été engendrés par le système imposé par le Ministre DARCOS (et par le Président de la République puisqu’il décide de tout et de son contraire), surtout chez les enfants qui cumulent les difficultés personnelles, familiales, morales et sociales.
A l’exception notable de la FCPE et de quelques mouvements pédogogiques, qui s’en est vraiment soucié ? Il n’est pas acceptable que le secrétaire général du syndicat majoritaire du premier degré se dise “réservé sur le rajout d'une demi-journée de travail”, c’est-à-dire en fait sur une semaine de quatre jours et demi avec le mercredi matin scolarisé, accompagné d’une réduction de la durée de chaque journée. Ce monsieur a le toupet ou le cynisme de préciser (“on a raté l'occasion ... il est très difficile de changer à nouveau ces rythmes qui influent sur l'organisation des familles ...mais aussi des mairies de centres aérés et sur une multitude d'associations”. Autrement dit, les enfants sont la “cinquième roue de la charrette”. Ce monsieur n’est ni sérieux ni responsable : je lui ai écrit il y a quelques mois, ainsi qu’à son homologue du “deuxième” syndicat majoritaire, qu’en ne s’élevant pas contre la semaine scolaire de quatre jours, ils étaient objectivement des témoins complaisants du Ministre de l’Education Nationale ... au détriment des enfants-élèves. Posons une question naïve : pourquoi ... même si nous connaissons la réponse ? Quand la semaine scolaire de quatre jours a été instituée, il a bien fallu que les mairies, les centrés aérés, les associations, les clubs sportifs ... s’adaptent à un nouveau système, une fois de plus imposé sans concertations ni débats préalables. Cet exemple montre de façon caricaturale que la société française fait passer l’intérêt des enfants après celui des pouvoirs aux mains des adultes, au détriment des enfants qui ne peuvent résister aux dégâts causés par la semaine scolaire de quatre jours et par les nouveaux programmes, à cause d’un vécu quotidien dans des conditions anxiogènes, angoissantes, déstabilisantes et destructrices. Seuls ceux qui vivent au quotidien dans la sécurité affective et dont le rythme veille-sommeil est protégé, peuvent tirer leur épingle du jeu. Et encore, pas tous et pas tous les jours. Quelle honte et quel aveu d’impuissance de la société française à repenser son école pour qu’elle soit celle de tous les enfants ! Voilà un domaine essentiel pour le défenseur des enfants et les défenseurs des droits de l’enfant.

2 Un deuxième exemple est constitué par la création des ”jardins d’éveil”. Est-ce qu’on a entendu des responsables politiques, syndicaux, associatifs, sociaux développer une argumentation convaincante et de fond pour dénoncer cette initiative ... qui considère les enfants de deux à trois ans comme des pré-élèves (génétiquement ou culturellement déterminés ou prédestinés à devenir des élèves à l’école maternelle ? Au nom de qui et au nom de quoi ?), et qui porte en germe la disparition des petites sections de l’école maternelle puis des moyennes et grandes sections ? Laissons les enfants grandir, façonner et révéler leurs différentes particularités, s’épanouir dans toutes leurs dimensions, structurer leurs différentes constructions, épouser la liberté, parler, penser, gribouiller ... sans les enfermer dans l’obsession et le formatage d’une préparation à l’école. Assez de raisonnements simplistes, assénés, dogmatiques et idéologiques : chaque année n’est pas une propédeutiques de l’année suivante.

Ces deux exemples illustrent la volonté du Président de la République et de son gouvernement de réduire les coûts de fonctionnement des structures et institutions publiques : disparition de la défenseur des enfants, passage de la semaine de quatre jours et demi à la semaine de quatre jours, “bourrage de crânes” par les fondamentaux, disparition concomitante d’une partie de la culture qui n’a plus de place à l’école (arts plastiques, musique, biologie, histoire, géographie, main à la pâte) ... remplacement des classes d’école maternelle par des “jardins d’éveil” privés et donc payants par les familles. Je pourrais ajouter : suppression de maternités, suppression progressive des intersecteurs de pédopsychiatrie, tentative de diminuer le congé parental à la suite d’une naissance, volonté “avortée” de réduire les avantages accordés aux mères pour leur retraite ... Dans le même temps, les espaces de liberté et de façonnement de l’esprit critique et de l’humour se réduisent comme des peaux de chagrin. Serait-on revenu à l’enseignement tel qu’il a été dispensé par les Jésuites ?

L’objectif du Président de la République et de son gouvernement est donc de réduire les dépenses publiques. Les enfants sont particulièrement frappés par leurs mesures. Cependant, il y a aussi une dimension idéologique : les mesures sont particulièrement dommageables pour les enfants dont la famille cumule les difficultés personnelles, morales, sociales, culturelles et “ethniques”. Elles affectent ou affecteront de façon marginale, ou pas du tout, les enfants des ministres, parlementaires, universitaires, “capitaines d’industrie” ... qui peuvent échapper aux destructions et déstabilisations, ou être mis à l’abri.

Le malheur est que les contre-pouvoirs, les mouvements et organismes les plus généreux, les esprits les plus éclairés, les élites intellectuelles ... ne peuvent pas, ne savent pas ou ne veulent pas ouvrir les yeux sur des questions qu’ils considèrent comme secondaires, voire anecdotiques : le bien-être et la voix de l’enfant sont sous contrôle et ne comptent pas au plan électoral ni au plan social, par rapport aux monstres claniques, politiques, économiques et financiers qui nous gouvernent. (...)

Plus d'infos : http://www.defenseurdesenfants.fr/deExplain.php

http://www.petition-defenseurdesenfants.com/

http://fontenay-diversite.over-blog.com/article-36198672.html

http://actu.orange.fr/articles/france/Defenseur-des-enfants-supprime-vague-de-protestations-dans-le-monde-associatif-et-a-gauche.html