hubert_montagner

Une nouvelle fois (voir ses autres appels)  Hubert MONTAGNER s’adresse au Président de la République dans une très longue lettre ouverte dont nous publions quelques larges extraits (le document entier à télécharger : lettre_ouverte_montagner).

Lorsqu’un scientifique de renommée mondiale explique sur quoi devrait reposer la prise en considération des rythmes biologiques et cognitifs des enfants, ce qui revient à dire aussi prendre en considération l’enfant, il devrait être difficile à n’importe quel dirigeant (présidents, ministres…) de s’asseoir dessus. Mais, on comprend aussi que, ce faisant, c’est bien au-delà de modifier une nouvelle fois quelques horaires qu’il faudrait qu’ils s’attellent… enfin. J’avais de mon côté essayé au moment des élections de m’adresser aux candidats dont l’actuel Président (voir ici) sans illusions. Est-ce que la notoriété de Hubert MONTAGNER aura plus de chances de remettre les yeux de nos doctes décideurs en face de leurs trous ?     

Dans une première partie, Hubert MONTAGNER à son habitude n'utilise pas la langue de bois !

(…) Certains (experts) plébiscitent la semaine scolaire dite de quatre jours, d’autres, la semaine de quatre jours et demi avec le mercredi matin solarisé, d’autres encore la semaine de quatre jours et demi avec le samedi matin scolarisé. Sans que les uns et les autres étayent leurs allégations par des arguments vérifiés, vérifiables et réfutables. SANS LE MOINDRE « EMBRYON » DE « DEBUT » DE PREUVE, MAIS AVEC UNE CERTITUDE ABSOLUE D’ORACLE, certains assurent que « c’était mieux » il y a quelques années, d’autres que « c’était mieux l’année dernière », d’autres encore que « c’est mieux cette année ». La méthode Coué est devenue la marque du pays de DESCARTES.  (…) Plus généralement, l’ignorance par les pouvoirs publics et les « décideurs » des réalités (les faits établis, vérifiés et vérifiables), les moyens dérisoires, les « compétences » incertaines, les mensonges, les engagements frileux, l’absence de considération et de respect pour les enfants sont malheureusement des évidences dans le pays des « Lumières » et des « Droits de l’Homme et du Citoyen », attestées par les faits divers, les enquêtes et les études indépendantes5…)

(…) Le tableau est noirci un peu plus par la décision stupéfiante du Président de la République et du Ministre de l’Education Nationale de donner aux Maires le pouvoir arbitraire, insensé et illégitime d’organiser la semaine scolaire à leur guise. Autrement dit, de favoriser le « pouvoir personnel », la démagogie et le clientélisme électoral. C’est sans aucun doute une aberration, une faute morale, une injure à la démocratie et un manquement à l’éthique « ordinaire ».

(…) On peut faire l’hypothèse forte que le Ministre actuel de l’Education Nationale ignore que, parmi d’autres, un champ de la connaissance est incontournable dès lors qu’on envisage un aménagement du temps scolaire pour mieux respecter les besoins et l‘intérêt supérieur des « enfants élèves », mais aussi dans l’intérêt des familles, de la société et de la nation. Il s’agit évidemment de la chronobiologie qui étudie notamment les rythmes biologiques et biopsychologiques des êtres humains dans la journée, d’une journée à l’autre, dans la semaine... en particulier chez le « petit de l’Homme », sans oublier les travailleurs dans les Entreprises, les personnels des hôpitaux, les gendarmes, les militaires, les Ministres, le Président de la République lui-même. En effet, et sans aucun doute, la chronobiologie a clairement démontré que nos organes et notre organisme ne « font » pas n’importe quoi n’importe quand.

(…) Serait-on, en FRANCE, dans un obscurantisme d’Etat, une suffisance de l’Etat ou une bêtise de l’Etat nourris par des pseudo-experts, technocrates, politiciens, sociologues, curés ou « ayatollahs » de l’Education et de l’école ...  qui nient les fondements biologiques du cerveau et la composante biologique des conduites humaines ? Comment peut-on repenser l’organisation de la journée scolaire, mais aussi de la semaine scolaire et de l’année scolaire, en ignorant les rythmes biologiques des enfants (sans oublier ceux des parents, enseignants...). On fait comme si, forcément, tous les « enfants élèves » pouvaient, devaient ou savaient se plier tous les jours aux décisions d’un pouvoir politique qui les oblige à vivre à contretemps des rythmes biologiques de l’espèce humaine. C’est évidemment une hérésie et peut-être une stratégie « masquée » « d’écrémage » biologique, intellectuel, culturel...

UNE DERIVE INSENSEE : LA FOCALISATION SUR LA SEMAINE SCOLAIRE

Hubert MONTAGNER réitère ensuite ce qu’il n’a cessé de dire à tous les présidents et ministres successifs.

Comment expliquer la focalisation sur la semaine solaire alors que, chez les humains, on ne connaît aucune rythmicité biologique dont la période serait d’une semaine ou d’environ une semaine ? Pourquoi faut-il dire et redire, écrire et écrire encore cette réalité, facile à vérifier ?

(…) Pourquoi faudrait-il accepter notamment que la semaine scolaire soit interrompue par un jour « sans classe », en l’occurrence le mercredi, alors que cette anomalie propre à la FRANCE a été instituée par Jules FERRY en 1882, sous la pression de l’épiscopat.

Si on veut réduire ou atténuer les fatigues, l’épuisement, les « stress négatifs », les fluctuations préjudiciables de la vigilance, de l’attention, de la réceptivité et de la « concentration intellectuelle », les  comportements jugés inappropriés ou dérangeants, les conduites sociales dommageables, les « non accrochages » et « décrochages » intellectuels ou autres par rapport aux messages et projets du ou des pédagogues, mais encore les peurs, l’anxiété et les angoisses qui empêchent une entrée non anxiogène dans les apprentissages, le manque d’envie, la démotivation, le rejet de l’école... ce sont la durée et l’organisation de la journée scolaire, et des journées successives, qu’il faut d’abord repenser et modifier. Le Ministre Monsieur Vincent PEILLON avait entrepris de respecter cette évidence en diminuant la durée de la journée scolaire. Mais, il n’a pas eu le temps ou la possibilité politique de  poursuivre dans cette voie. En effet, et sans aucun doute, le donneur de temps universel et immuable pour les habitants de la planète TERRE est 24 heures, rythmées tous les jours par l’alternance du jour et de la nuit qui synchronise l’alternance de la veille et du sommeil, rythme biologique majeur des êtres humains sous toutes les latitudes, dans toutes les sociétés et cultures. C’est le « couplage » jour/nuit et veille/sommeil (« repos/activité ») qui, tout au long des semaines et de l’année, « détermine » au cours de la journée le ou les « temps forts » (le ou les « temps faibles ») de la quasi-totalité des fonctions physiologiques et psychophysiologiques, ainsi que leurs fluctuations, en particulier celles qui sous-tendent et régulent le fonctionnement cérébral, la « vie émotionnelle et  affective », la vie sociale, les « constructions cognitives » et la pensée.

L’INTERDEPENDANCE DES DIFFERENTS TEMPS DANS LA JOURNEE SCOLAIRE

Evidemment la journée scolaire ne peut pas être conçue de façon simpliste et uniforme.  Hubert MONTAGNER réitère ce qu’il a toujours dit.

Parallèlement », et de façon complémentaire, comment peut-on ignorer que, dans le cadre obligé et incontournable des 24 heures, chaque temps influence et prépare le(s) temps suivant(s), et qu’il est donc vain de modifier un temps (le temps scolaire) sans se préoccuper des temps précédents et des temps suivants. Le sommeil nocturne et le « premier » temps de la journée au sein de la famille influencent et préparent forcément les temps suivants, en particulier les « premiers » temps à l’école puis en classe, ceux-ci préparant et influençant eux-mêmes les temps suivants.

(…) C’est pourquoi, l’organisation du temps scolaire dans la journée devrait avoir pour trame les « articulations temporelles » entre « les plages de temps » successives, à partir des données de la chronobiologie, des réalités liées au développent individuel (qui ne se confond pas avec l’âge), des autres particularités enfantines, mais aussi familiales et sociales, notamment les informations échangées entre les partenaires des différents lieux et milieux de vie. (…)

Et de proposer à nouveau (…) remplacer les conseils d‘école par de nouveaux cadres et de nouvelles modalités d’interaction, de relation et de coopération entre les parents, les familles, les professionnels de l’école et de l’enfance, les intervenants extérieurs, les associations, les mairies (...) (pour) mieux définir et comprendre « ce » qui peut empêcher un enfant de se réaliser dans ses dimensions d’élève à l’école et en classe et, « inversement », « ce » qui peut empêcher un « enfant élève » de se réaliser dans ses dimensions d’enfant au sein de la famille... et ailleurs. (…)

(…) créer des lieux « intermédiaires » entre le milieu familial et l’école (…) Permettre aux enfants de ne pas se retrouver seuls, vulnérables, insécurisés et parfois transis devant le portail fermé de l’école ; 

(…) Donner à tous les enfants la possibilité de  « poursuivre » le sommeil nocturne lorsqu’il  a été  interrompu par les parents, la fratrie... à cause d’obligations professionnelles ou d’autres contraintes ;

(…) Permettre aux enfants de relativiser, d’évacuer ou de dépasser dans un lieu apaisant, rassurant et anxiolytique l’insécurité affective qu’ils ont pu développer à la maison.

(…) Créer les conditions scolaires et institutionnelles pour que les enseignants puissent débuter la matinée par un temps d’activation de la vigilance entre l’accueil en classe à 08h.30 et autour de 09h.00, sous la forme d’ateliers attractifs, récréatifs, coopératifs, de détente, d’écoute musicale, de narration, de conversation, d’anecdotes inductrices de rires... afin que, « à leur rythme » (quant ils sont prêts à se mobiliser dans leurs dimensions d’élève), tous les enfants puissent (re)devenir vigilants, attentifs, réceptifs, disponibles et motivés, au moins partiellement.

(…) Repenser les cours de récréation pour qu’elles soient réellement récréatives, canalisatrices du « trop plein de mouvements » et des conduites agressives, tout en libérant des conduites qui favorisent les interactions sociales et la socialisation (coopérations, entraides...).Elles devraient être conçues pour que tous les enfants jouent sans autre finalité que « jouer pour jouer » dans des espaces non étriqués et non inquiétants qui autorisent le retrait, les activités « solitaires », les échanges au sein de petits groupes, les alternances entre les moments de pause, les moments d’interaction avec le ou les pairs les plus familiers et les moments d’évolution dans le grand « groupe récréation »..

(…) Repenser les temps méridiens, de la sortie de la classe à 11h.30 aux temps scolaires du début de l’après-midi, c’est à dire donner aux enfants la possibilité d’évacuer à partir de l’interruption du temps scolaire à 11h.30 « l’exubérance » et le « trop plein » de « mouvements » contenus pendant trois heures de temps plus ou moins contraignant qui exige une vigilance optimale  ou maximale, une attention soutenue (en tout cas sans fluctuations excessives), une mobilisation élevée des ressources cognitives et intellectuelles, et une disponibilité relationnelle. (…)

(…) La configuration, l’aménagement et les dimensions du lieu et des mobiliers permettent de canaliser les bousculades, « turbulences comportementales », déplacements « erratiques » et conflits, tout en  favorisant la communication, les conduites sociales (coopérations, entraides...) et la convivialité, notamment à table. (…) (que) les enfants puissent réguler eux-mêmes la durée du temps passé à table, et se rendre ensuite dans des lieux calmes, apaisants, rassurants et attractifs où ils puissent s’engager dans une lecture silencieuse ou une activité récréative qui ne nécessite pas un engagement corporel coûteux en énergie (…) (autrefois, il y avait la fédération des restaurants d'enfants)

Le temps scolaire de l’après-midi

(…) En fait, il paraît nécessaire de concevoir et peaufiner des stratégies éducatives, pédagogiques et institutionnelles qui soient flexibles et qui combinent la sollicitation de l’attention, la libération des perceptions, émotions et affects, la libération « imbriquée » des processus cognitifs, la stimulation de l’imaginaire, l’expression multiforme des « modes de pensée » (langagière et autre), l’incitation à des cheminements innovants, la valorisation de « l’esprit de créativité », les références aux expériences individuelles et au vécu, la reconnaissance de toute la gamme des particularités intellectuelles (humour, métaphores, modes de raisonnement non conformes aux logiques et règles attendues, poésie...). Autrement que dans le cadre académique et formel des apprentissages scolaires, et indépendamment de tout  formatage dans des moules éducatifs, pédagogiques et intellectuels.

Et ce qui continue de faire polémique : Les activités dites « périscolaires »

(…) Pourtant, bien conçu, ce tiers-temps pourrait être un « temps de respiration » réparateur, libérateur, valorisant et structurant. En effet, après une longue journée scolaire, parfois ou régulièrement commencée bien avant 07h.00, et plus de cinq heures de temps pédagogiques, consacrées notamment aux  apprentissages fondamentaux qui exigent beaucoup d’investissement mental, intellectuel et relationnel, les élèves sont globalement fatigués, souvent « saturés », parfois épuisés. Ils n’ont plus forcément assez de ressources psychiques et cognitives, voire biologiques, assez d’envie et de motivation, pour s’engager dans des activités encore imposées et plus ou moins contraignantes. (…) Il faut en effet être aveugle, sourd ou de mauvaise foi pour ne pas constater que, au moins certains jours, certaines semaines, ils ne sont pas concernés par telle ou telle activité « périscolaire » ou tel ou tel « menu » postscolaire, alors qu’ils n’ont pas d’autre alternative que subir, quelle que soit la compétence des animateurs. (…) Ils (Les enfants) devraient pouvoir révéler (et se révéler à eux-mêmes) leurs capacités de communication, d’interaction sociale, de découverte, d’innovation, d’invention... au fond, des « savoir-être », « savoir faire » et « savoir penser » restés cachés, enfouis, non lisibles, inhibés, empêchés, « réprimés »... pendant les temps familiaux et les temps scolaires.  En outre, en interaction pendant un tiers temps non formaté avec d’autres partenaires que ceux de la famille et de l’école, ils peuvent s’approprier les compétences, les « savoir être », « savoir-faire » et « savoir penser » de pairs, d’éducateurs, d’animateurs... surtout quand ils peuvent évoluer dans toutes les dimensions de l’espace. (…) C’est tous les jours qu’il faut permettre à tous les enfants de vivre le « tiers-temps postscolaire » afin qu’ils puissent se (re)construire sans être sous le regard de leurs partenaires familiaux ou scolaires, et sans être enfermés dans les logiques et exigences des temps scolaires. Les enfants doivent pouvoir vivre pleinement, sans retenue et avec plaisir, des activités attractives, ludiques, récréatives... qu’ils ont décidée(s), avec pour finalité de « jouer pour jouer », non pas un jour ou l’autre, mais tous les jours. C’est un fondement et un ferment du développement de l’enfant, y compris le développement des fonctions cognitives et le façonnement de la pensée.

Au fait et encore une fois tous ces problèmes, et pas seulement ceux des rythmes biologiques des enfants, n’existent plus dans une école du 3ème type !!!!

Je re-signale un autre texte de Hubert Montagner qui éclaire encore son regard sur l'école et les pseudo-experts qui sévissent : http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2008/programmes_MONTAGNER.aspx

De retour au bout d'une semaine d'absence j'ai trouvé les commentaires envahis par des spam. Je vais me résoudre à activer la modération, j'en suis désolé (mais les commentaires sont toujours ouverts).