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Les rencontres, que ce soit avec un écrit, une personne, ne sont que le croisement de ce que les uns et les autres portent déjà consciemment ou inconsciemment. Là cela a été la rencontre avec les chroniques d’une école du 3ème type, pour d’autres ce sera avec d’autres écrits, d’autres personnes. Mais plus le temps passe et plus on se rend compte qu’augmentent les aspirations semblables pour une autre école, voire une autre société. Au-delà des frustrations de l’immédiat, mais parce que tous s’engagent dans la concrétisation avec ses moyens, on peut penser que la toile qui se constitue s’étendra inexorablement et aspirera tout !                        

Je vous livre, avec son accord, la rencontre de Caroline, de Spa en Belgique, avec l’école du 3ème type et vous engage à aller voir son projet déjà en cours de réalisation : http://www.ondecolle.org/

 

Je ne suis pas encore à la moitié du livre « Chroniques d'une école du troisième type », et je suis toute « bouleversifiée ».

Bouleversifiée, car à la fois très très émue, touchée et ravie, et aussi triste, très triste. « Donc tu es mélangée », m'a dit ma fille de 5 ans quand j'ai exprimé cela devant elle. Oui, c'est bien ça, je suis mélangée, ce même sentiment de mélange entre enthousiasme, passion, et tristesse, désappointement qui est le mien depuis que je m'implique, plus passivement (lectures, formations, réflexions partagées...) ou activement (en donnant des formations, des ateliers de réflexions, en créant une alternative à « l'école en forêt »...) dans le domaine de l'éducation et de la pédagogie.

Ce qui me bouleverse, en lisant ce livre, et donc me touche au plus profond, c'est que j'y retrouve tout ce dont je rêve, intimement, pour les enfants. Il m'apporte un éclairage approfondi et passionnant de tout ce en quoi je crois, tout ce qui me passionne et que j'aspire à promouvoir, à mon niveau, pour une approche éducative résolument humaine.

Ce qui me passionne, dans ces écrits, est à la fois la manière très claire et percutante (car limpide, agréable à lire et suffisamment argumentée et référencée) dont sont exposées les connaissances qui nous permettent d'avoir une vision somme toute assez évidente de ce qu'il convient de mettre en place pour permettre aux enfants de s'épanouir, librement, pleinement. Et d'apprendre... évidemment ! Car c'est bien sûr aussi naturel que respirer, manger, marcher...

Ce qui m'éblouit complètement, c’est que cela a été mis en place dans deux ou trois classes uniques du système scolaire existant, donc potentiellement avec un public « mixte », et donc cela ne peut recueillir aucune critique du type « c'est pour les bobos, les privilégiés... mais tous les laisser pour compte, alors ? ». En effet, en Belgique (comme en France je suppose), un des débats qui fait rage auprès des politiques, militants, enseignants est la question des inégalités sociales au sein du système scolaire. Mais cette préoccupation, totalement légitime, est plus souvent un frein qu'un levier au changement véritable. Alors, je me réjouis de voir prouvé de manière éclatante que la philosophie de ce que j'appelle jusqu'à présent les apprentissages autonomes et informels sont tout à fait appropriés, à tous, à tout âge, pour des apprentissages optimaux et épanouissants. Le bien-être et le bonheur pour tous les acteurs de ces écoles dégoulinent à chaque page... que c'est beau, et encourageant, à lire !

Voici donc, en résumé, ce qui m'enthousiasme dans cette lecture. Ceci me renforce dans certains choix et actions que j'ai pu poser, à mon niveau, dans ma vie personnelle et collective. Pour notre fille de 5 ans, nous avons choisi la voie de la non-scolarisation. Pour justement lui permettre de grandir librement (mais pas sans accompagnement), en vivant les apprentissages de manière spontanée, naturelle, libre, non stressante... C'est merveilleux de la voir grandir de la sorte.

Bien sûr, ce qui nous frustre un peu, c'est son relatif isolement, malgré ce que nous pouvons mettre en place, de ci, de là (j'y arrive). Il serait pour nous – et sans doute pour elle - encore plus réjouissant de la voir partager davantage de temps avec des enfants, petits et grands. Et pourtant, ce choix nous satisfait bien davantage que de la mettre à l'école : les pédagogies réellement innovantes, bienveillantes, confiantes en les multiples potentiels des enfants sont inexistantes dans les établissements de notre région.

Alors, il y a trois ans, j'ai initié une réflexion collective avec d'autres parents ou citoyens autour d'une alternative à l'école basée sur la bienveillance dans les relations adultes-enfants et les apprentissages autonomes et informels. Il y a un peu plus d'un an, nous nous sommes lancés dans le concret, en créant un jardin d'enfants en forêt  (inspirée par les « Waldkindergarten » allemands et scandinaves), totalement hors structure, scolaire ou autre : « On décolle ! ». Nous sommes un groupe de parents, convaincus de la nécessité de réformer l'éducation, d'offrir autre chose aux enfants.

Et... c'est du bonheur. Chaque sortie dans les bois (une par semaine actuellement) nous ravit tous, enfants et parents. Ces derniers sont toujours bienvenus (et presque toujours présents) ; et là où nous pensions destiner le projet aux 3 à 7 ans, le multi-âge plus large s'est très vite imposé – des enfants de 6 mois à 10 ans nous accompagnent très régulièrement, ainsi qu'un ado de 15 ans, de temps en temps.

Autres sources de mixité : d'une part, le projet regroupe des enfants trop jeunes pour être inscrits à l'école, des enfants scolarisés (en maternelle ou primaire), ainsi que des enfants non scolarisés. D'autre part, le bilinguisme français-allemand (nous sommes proches de la communauté germanophone de Belgique) a été rapidement une ouverture évidente au sein de « On décolle ! ». Ainsi, certains enfants ne parlent que français, d'autres uniquement allemand, d'autres encore sont parfaits bilingues... Idem pour les parents, on entend donc régulièrement trois langues dans nos rencontres, français, allemand, anglais, chacun ayant le plaisir d'apprendre la langue de l'autre (un papa allemand a repris son Assimil français pour pouvoir parler aux enfants francophones), ou de la pratiquer à nouveau (les anciens restes des cours de langue remontant à la surface... parfois associés à des souvenirs scolaires douloureux), ou encore de se débrouiller en anglais pour trouver une langue commune. Les enfants dans tout cela... ne sont en rien empêchés de jouer, d'échanger avec leurs camarades, qu'ils partagent une langue commune ou non. L'un ou l'autre se sont même, eux aussi, librement décidés à apprendre l'autre langue (notamment, des CD de chansons allemandes tournent en bouclent dans ma voiture pour ma fille)...

Que dire de ce projet, si ce n'est qu'il représente pour moi, dans mon besoin d'œuvrer à la protection des enfants dans leur intégrité, des moments de bonheur pur : voir des enfants évoluer librement, spontanément, curieusement, joyeusement en forêt, dans la ferme avoisinant notre coin de terrain ou encore dans notre roulotte (en cours de rénovation)... C'est déjà énorme. Si vous en avez la curiosité, notre site vous fournira quelques récits de ces moments partagés. L'objectif – et la difficulté – est de pouvoir étendre ce projet, d'offrir un accueil aux enfants plusieurs jours par semaine. Je refuse d'emprunter tant la voie de la reconnaissance au sein du système scolaire (de toute façon impossible au niveau des conditions posées...) que celle d'en faire une école privée (où les parents devraient financer à raison de plusieurs centaines d'euros par mois). Alors, on laisse le projet évoluer lui aussi librement, en fonction des besoins, des envies... et des possibilités. En gardant la foi que si ce projet est juste, il connaîtra forcément un développement optimal, en empruntant des chemins que nous ignorons peut-être actuellement, mais qui se révéleront progressivement à nous.

Je n'ai pas encore évoqué la partie tristesse, parfois immense, de mon ressenti à vous lire. Car ceci attise encore plus ma révolte face à la scolarité de mon fils aîné (9 ans), dans une école dite à pédagogie active. Ici comme trop souvent ailleurs, les diverses exigences, règles et contraintes envers les enfants règnent à tous niveaux. Les exigences vont crescendo en grandissant ; les devoirs, les tests, mais aussi les (menaces de) punitions sont toujours plus présents d'année en année. Une récente prise de position (largement argumentée par écrit, puis oralement lors d'un entretien avec l'institutrice et la directrice) contre les punitions, m'a valu un intérêt poli, mais que j'espère sincère, de la part de la directrice... et la franche incompréhension de l'institutrice, qui n'a fait que se défendre dans son impuissance à « faire finir les devoirs aux enfants quand je demande depuis 3 jours que ce soit fini ». Je suis cataloguée « extrême » dans mes positions (vu le projet d'accueil en forêt dont elles ont eu vent, et d'autres entretiens précédents, par exemple à propos des quantités exagérées de devoirs à domicile...) ; et on me dit clairement que si j'ai mon opinion et mon rêve pour une autre éducation, leur système dans leur école est différent. Point.

Je me sens donc fort démunie, impuissante et en colère non seulement pour mon fils, mais aussi pour tous ces gosses, dans cet établissement et les autres, que l'on ne respecte pas en tant que personnes, dans leur intégrité. Où la violence éducative ordinaire, solidement assise sur l'autorité et la toute puissance des adultes, écrase peu à peu créativité, joie, curiosité et spontanéité dans les apprentissages. Quel constat révoltant, tout de même... Et c'est encore tellement répandu... Je me sens déchirée à chaque fois qu'il faut parlementer avec mon fils pour le conduire à l'école quand il n'a pas envie ; quand il revient avec une tonne de devoirs ou le récit d'une injustice ; quand il me parle de ce qu'il déteste à l'école plutôt que de partager des joies de nouveaux apprentissages... Pour moi, c'est impossible à accepter passivement, alors je me rebelle intérieurement (renforçant mes convictions et mon envie de contribuer à changer les choses), ou parfois extérieurement (avec les résultats mitigés, comme énoncés ci-dessus). Je me sens continuellement écartelée, en recherche d'une plus grande cohérence...

Voici donc un aperçu de ce que la lecture de ces superbes chroniques suscite en moi, confortant et appuyant ainsi mon investissement au service d'une autre vision de l'éducation, en vue d'un nouveau paradigme éducatif.

Caroline Leterme, de Spa (Belgique)

Le site de « on décolle » : http://www.ondecolle.org/