« Pour autant je n'accepte pas que les parents soient considérés comme des membres parmi d'autres de la communauté éducative. Les parents ne sont pas membres de la communauté éducative, ils sont les premiers responsables de l'éducation de leurs enfants. Je ferai abroger par le Parlement cette disposition de la loi Jospin de 1989, qui a mis en œuvre une vision tellement dogmatique et idéologique de l'école » Nicolas Sarkozy in Le Monde 11.04.07

Au moins, au fur et à mesure que la campagne approche de sa fin, se révèlent la nature profonde des personnages et de la société qu’ils prônent. La société « nationale-libéraliste » se dessine de plus en plus nettement : un état très fort quant il s’agit d’encadrer les citoyens, très libéral quant il s’agit du capital et de l’emprise du capital sur les citoyens. C’était le cas du « national socialisme » mais on ne s’embarrasse plus du social.

Dans cette déclaration, Sarkozy ne fait finalement qu’accentuer de façon définitive un état de fait tout contradictoire soit-il : les parents, comme citoyens, n’ont rien à dire, rien à voir, rien à faire en ce qui concerne l’espace où sont captifs leurs enfants une bonne partie de leur vie. Par contre ils en sont « responsables » ! l’Institution fait ce qu’elle veut mais n’est responsable de rien, les parents sont là pour assumer ses échecs. Les enfants ou les ados, eux, cibles de cette « communauté éducative », il y a belle lurette qu’ils ne sont plus des sujets mais des objets (élèves) sur lesquels on arrive même à rejeter les causes de malfaçon. On aura du mal à trouver plus totalitaire.

Mais qu’est-ce qui est mis sous l’expression communauté éducative ? Pour Sarkozy, mais aussi pour une immense majorité du monde enseignant comme pour une bonne partie de la population et des parents eux-mêmes, il s’agit seulement de l’ensemble des « professionnels », pardon, des « fonctionnaires » qui se trouvent dans l’enceinte de l’école. Depuis quelques années, on y rajoute quelques professionnels en périphérie, ensemble que l’on affuble du nom de « réseau » (psychologues scolaires, maîtres E, assistantes sociales, infirmières scolaires,…). Et plus récemment, devant les échecs répétés de cette fameuse « communauté », on l’étend aux professionnels privés ou associatifs affublés eux de la supposée capacité de faire du « soutien scolaire ».

Déjà on peut s’interroger sur le terme même de « communauté » dans la mesure où sous ce terme il y a l’idée de travailler en commun, faire ensemble… quand, en même temps, est affirmé l’absolue indépendance de chacun de ses membres les plus importants (importants par la durée du temps où les enfants doivent les subir) de par la sacro sainte « liberté pédagogique ». On parle alors d’une drôle de communauté composée de cases hermétiquement closes alignées les unes à côté des autres. Et les vagues réunions, qu’elles soient appelées conseil des maîtres, réunion de RASED, etc. ne font guère illusion. Ce d’autant que, selon le principe qu’il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes, chacune s’adresse seulement à une des « castes » de la « communauté scolaire ».

En réduisant la communauté éducative aux fonctionnaires de l'école, l’État alors devient le maître absolu du type de futur citoyen, des types de futurs citoyens qui lui semblent alors nécessaires. Si tant est que l’on pourra alors appeler ces individus des « citoyens ». Les parents étant responsables de quoi ? De la conformité de leurs produits génétiques à la norme étatique. Et ce seraient les socialistes, les gauchistes, les altermondialistes qui ne jureraient que par l’État ?

Sarkozy a déjà détourné Jaurès, Blum et bien d’autres. Le détournement du concept de communauté éducative serait anecdotique s’il n’était beaucoup plus sérieux et beaucoup plus grave, tant au point de vue démocratique qu’au point de vue de la construction des apprentissages eux-mêmes.

Si l’on s’en réfère aux visionnaires Illich, Mac Luhan et d’autres, on devrait pouvoir se passer de l’école puisque ce sont les sociétés elles-mêmes qui doivent être éducatives (villages, quartiers…), voire la planète elle-même. C’est d’ailleurs ce qui se passe encore dans certaines tribus qu’on n’ose même plus qualifier de primitives, dans certains villages de Colombie dans le cadre du programme « scola nova » d’une exceptionnelle réussite (à tel point que le gouvernement en a limé les principales dispositions, les enfants des populations reculées pauvres risquant de mieux réussir que les enfants de la bourgeoisie au pouvoir). C’est ce que j’ai approché moi-même dans ma classe unique de Moussac. Et c’est ce que n’arrêtent pas de découvrir, de démontrer, tous les chercheurs qui se penchent sur le phénomène de l’apprentissage comme sur celui de la construction des personnes. Et c’est ce que savent très bien les privilégiés qui font fréquenter les écoles privées par leurs enfants, écoles où, bien évidemment, les parents-clients font alors bien partie de la communauté éducative.

Quoi qu’en dise Sarkozy, quoi qu’en pense une majorité d’enseignants, voire une majorité de parents, il n’est pas un langage qui ne se construise ailleurs que dans les interactions complexes de l’enfant avec tout son environnement. Toutes les personnes adultes de cet environnement, soit de par leur simple présence, soit dans les pouvoirs qu’elles ont sur cet environnement et son agencement, toutes ces personnes font nécessairement partie de la « communauté éducative ». On le sait même tellement bien qu’on admet que l’école de banlieue souffre de son environnement, même si, en réalité et a contrario, elle souffre beaucoup plus de l’exclusion de cet environnement.

Quoi qu’en pensent une majorité d’enseignants (parce que ça les arrange), une majorité de parents (parce que ça les arrange aussi), les savoirs ne sont pas transmissibles mais seulement accessibles suivant le degré de développement des divers langages atteint (oral, écrit, mathématique, scientifique, corporel, etc.). Si ces langages ne se construisaient qu’à l’école et du simple fait du maître, il n’y aurait jamais eu de problèmes scolaires en dehors de ceux créés délibérément (pour exclure une partie de la population de l’accession aux savoirs).

Si les apprentissages dépendent bien d’une communauté éducative qui dépasse largement le cercle scolaire, il semble donc logique, de simple bon sens, que l’ensemble de cette communauté participe à l’élaboration des stratégies éducatives qu’elle a intérêt à mettre en place. Ce qui n’exclut pas que dans cette communauté, un certain nombre de « professionnels » ont un rôle particulier à jouer, devraient avoir un certain nombre de compétences pouvant éclairer la communauté (un médecin doit par exemple être au courant des progrès de la médecine, des différentes thérapies possibles, des expériences réalisées par d’autres etc.) et un certain nombre de compétences permettant de mettre en œuvre et de conduire collectivement les stratégies, d’en proposer des réorientations suivant les effets constatés etc.

Si les stratégies éducatives ne sont pas neutres au regard de ce qu’elles peuvent induire (un citoyen obéissant, un citoyen responsable, un citoyen actif, un citoyen coopératif, un citoyen compétitif, etc.), il apparaît comme antidémocratique que leur seul choix soit confié sans contrôle à des fonctionnaires, sans que les membres de la communauté, à divers titres aient leur mot à dire et que ces « mots » puisent être pris en compte suivant les processus qui amènent aux consensus. Consensus qu’il est toujours facile à réaliser (je l’ai réalisé, toutes les expériences différentes l’ont réalisé) parce que le seul intérêt généralisé et commun à tous, c’est l’épanouissement de SON enfant ou de l’enfant de SON village ou quartier, même si sous le terme d’épanouissement on peut trouver des nuances. Ces dernières s’avèrent toujours surmontables. Pour ma part, c’est d’ailleurs cet intérêt commun que j’ai toujours pu faire apparaître qui m’a porté et me porte encore à être quand même optimiste.

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