gilets-jaunes

  Depuis quatre mois les Gilets jaunes ont fait prendre conscience à beaucoup de la violence institutionnelle de l’État, des systèmes économiques, politiques et sociaux, de la société, violence qui précède celle des forces de l’ordre. Ils l’ont fait encore mieux que les rares intellectuels, philosophes, sociologues qui la dénonçaient depuis longtemps sans être beaucoup écoutés.

  Exceptionnellement je n’ai donc pas besoin d’y consacrer une colonne. Par contre je m’étendrai sur la violence institutionnelle de l’école dont on parle très peu et pourtant c’est elle qui prépare à accepter celle que l’on subit ensuite sans broncher… jusqu’au moment où elle met des Gilets jaunes dans la rue.

  NB : Je rappelle ce que j’avais précisé dans l’introduction du premier billet « école et société » : ce qui est mis en parallèle est l’école traditionnelle. Les écoles publiques entièrement en pédagogie alternative sont rarissimes. Cependant ces dernières, si elles atténuent la violence institutionnelle de l’école, elles ne la suppriment pas devant appliquer les modalités de la chaine industrielle scolaire. 

École Société

La violence institutionnelle de l’école

    On parle beaucoup de la violence à l’école, surtout les médias au moindre événement suscitant l’indignation. Il s’agit bien sûr de la violence entre élèves, vis à vis d’autres élèves (harcèlement), vis-à-vis des profs (agression, incivilités), vis-à-vis des locaux (dégradations) et même de parents vis-à-vis des profs. La réponse à cette violence est bien sûr une autre violence : augmentation des sanctions, augmentation de la surveillance, augmentation de l’autorité, autrement dit répression et bien sûr parents accusés de mal éduquer leur progéniture. Mais à aucun moment il n’est envisagé que la source de cette violence soit l’école elle-même. Bien sûr les châtiments corporels (violence physique) y sont interdits (ils ne l’ont pas toujours été), mais, exactement comme dans la société, l’école est ce qu’on appelle une violence institutionnelle, celle que l’on ne voit pas, celle qui est instituée comme normale. On la voit cette violence dans quelques-uns des billets « école et société » déjà publiés, mais je vais essayer d’être plus explicite.

  La première violence est l’obligation. Chaque enfant est « capturé » par l’école, dès l’âge de trois ans à la prochaine rentrée, c'est-à-dire qu’il est quotidiennement incarcéré. Le mot peut sembler exagéré, cependant il s’agit bien d’incarcération quand de force on est obligé de rentrer et de rester dans un local sous l’autorité de personnes qui vous disent ce que vous devez faire et surtout ce que vous n’avez pas le droit de faire. La différence avec un prisonnier condamné par la justice c’est que ce dernier peut comprendre pourquoi il est ainsi sanctionné, l’incarcération correspond à la réparation d’une faute. Dans les m2 de sa cellule il peut faire ce qu’il veut, et puis il peut toujours avoir l’espoir d’être libéré plus tôt… ou de s’évader !

  - C’est d’abord une violence physique que l’école fait ainsi subir à tous les enfants et adolescents. Peu importe qu’ils aient besoin de sommeil, qu’ils soient fatigués, tous doivent se lever à la même heure, pour beaucoup grimper dans des autobus, pour franchir ensemble des grilles qui se refermeront derrière eux. Ils ont chacun des rythmes biologiques différents et variables mais ils devront s’adapter tout au cours des journées à ceux de l’école, celle-ci dans sa conception étant incapable de faire l’inverse. Une grande partie de ce temps scolaire les condamne à l’immobilité et à la position assise, en général inconfortable ; exactement comme les prisonniers ils n’auront droit qu’à un ou deux quarts d’heure dans une cour peu différente de celle des prisons. À une époque quelques médecins comme le docteur Guy Vermeil  ont pointé les conséquences désastreuses sur la santé physique et mentale des enfants et adolescents résultant de cette conception et organisation archaïque du système scolaire français actuel… en vain.

  Cette violence physique elle est aussi dans les bâtiments dans lesquels on entasse les enfants. Certains, avec leurs grilles aux fenêtres, avec l’agression de leurs sonneries stridentes qui scandent les changements de profs ou la libération provisoire dans la cour de récré, avec leurs couloirs vides et sonores devant l’alignée des salles de classes semblables à des salles confinement (ou des cellules collectives),… n’ont pas grande différence avec les prisons, la promiscuité obligatoire en plus. L’espace par enfant dans chaque classe hors des tables et chaises dépasse rarement 1m2 (un peu plus que dans les batteries de poulets ou de porcs), sans parler du niveau sonore qui oblige… à ne pas parler dans les classes ou qui ferait frémir les défenseurs des animaux dans les cantines. Aucun espace non plus pour s’isoler un instant en dehors des WC, quand les enfants peuvent y aller et qu’ils ne sont pas repoussants. Globalement je n’exagère pas, mais cela n’interpelle encore personne.

  - C’est ensuite une violence psychique, en particulier pour les jeunes enfants.

  Aujourd’hui on sait par exemple que le sevrage n’est pas qu’un changement alimentaire mais qu’il est aussi la rupture du lien physique qui relie l’enfant à la mère et qui assurait son état sécure. Tous les pédiatres et même l’OMS savent et disent que cette rupture doit s’effectuer en douceur et en longueur pour que l’enfant et la mère restent dans cet état sécure. C’est un lien biologique et affectif entre enfant et parents qui permet au premier de se développer harmonieusement : les parents sont le recours naturel de l’enfant, ce recours se modifiant au fur et à mesure qu’il grandit jusqu’au moment où il devient adulte, c'est-à-dire autonome (c’est la même chose dans le monde des mammifères).

  Or, dès trois ans maintenant et quotidiennement, ce lien est rompu, l’enfant se retrouve seul et sans recours affectif au milieu de quelques dizaines d’autres tous aussi démunis que lui. Il suffit d’assister à la rentrée dans les écoles maternelles et même parfois au-delà du CP pour voir la souffrance que cela engendre pour beaucoup, y compris pour les parents. Les maux de ventre ou la phobie scolaire ne sont pas des maladies que l’on soigne à coup de médicaments ou de psys, la cause est facile à voir.

  Chaque matin, en rentrant à l’école, l’enfant cesse d’être un enfant, doit enfiler sa veste d’élève, oublier tout ce qui s’est passé et l’a alimenté avant, cesser de penser par lui-même, être un objet que l’on place et déplace suivant les besoins de la machinerie scolaire… et on va s’étonner ensuite qu’il explose, se révolte, refuse ce que notre bonne civilisation veut pour lui, ce qui finalement n’est qu’une réaction salutaire plutôt que le suicide.

  - Cette violence institutionnelle les parents la subissent de la même façon : quotidiennement ils sont totalement déresponsabilisés de leurs enfants, ce qui n’empêche pas qu’ils soient ensuite accusés et culpabilisés par l’école des mauvais comportements de leurs enfants. Alors qu’il s’agit bien du devenir de ce qui fait encore partie de leur chair, ils n’ont plus droit à aucun regard sur ce qui se passe dans l’enceinte scolaire, sur ce qu’y font leurs enfants ou sur ce qu’on fait de leurs enfants, même pas le droit d’émettre critiques ou avis. Même dans les vagues instances où ils peuvent avoir des délégués on ne doit pas parler… de pédagogie ! Leur seule possibilité c’est d’être complices de l’institution école. Ils sont dans l’impuissance pour ce qui concerne une grande partie de ceux qui font partie leur vie. C’est bien cette impuissance menant à l’exaspération qui conduit quelques-uns à forcer les portes de l’école et à agresser des profs, comme l’impuissance à être écoutés et entendus conduit des manifestants à la violence. Ce n’est certes pas excusable, mais c’est compréhensible.

  - C’est une violence cognitive contre-productrice. J’ai parfois comparé l’école à une stabulation où il faut ingurgiter de force et tous ensemble l’alimentation intellectuelle que l’on donne. Encore que dans une stabulation, si les bovins doivent tous manger la même chose, ils ne mangent que la quantité dont ils ont besoin et quand ils ont faim.

  Je l’ai déjà dit, ce qui permet toutes les constructions cognitives (c'est-à-dire apprendre) ce sont toutes les interactions et interrelations qui peuvent avoir lieu où que l’on soit et le principal moteur de tout cela c’est la curiosité innée de tout enfant, les envies, les désirs, les plaisirs. C’est aussi tout ce qui fait sens pour s’engager dans n’importe quelle activité où l’on apprend toujours quelque chose. Or à l’école plus question d’avoir des envies, des curiosités. Heure par heure et jour après jour un menu (programme, emploi du temps) indique ce qu’il faut apprendre, comment tous doivent l’apprendre, sans que cela n’ait un sens immédiat voire même lointain. Les enfants sont des objets (élèves) dans une chaine tayloriste dont l’élève qui doit en sortir ne sait même pas pourquoi on l’a ainsi façonné. Dans ce forçage forcené, simultané, programmé et artificiel d’une liste continue d’apprentissages, l’école élimine tout ce qui provoque naturellement les apprentissages aux rythmes de chacun. Alors qu’apprendre est naturel pour tout être vivant, il n’y a qu’à l’école où cela pose problème à ceux qui doivent apprendre aux autres et est une corvée pour ceux obligés d’apprendre. Je n’ai pas besoin d’insister sur cette violence cognitive contreproductive, les évaluations PISA s’en chargent.

  - C’est une violence intrusive. Malgré les décrets qui les interdisent depuis 1956 et tous les travaux qui ont démontré leur inutilité et leur nocivité, la mainmise de l’école sur les enfants se prolonge le soir dans la sphère familiale avec les devoirs restant de facto obligatoires et cause de rétorsion ensuite s’ils ne sont pas faits. Réduction du temps de liberté restant disponible, prolongation de la fatigue intellectuelle, interférence dans la relation parents/enfants, angoisses et conflits familiaux, etc.

  - C’est une violence identitaire. Pendant la plus grande partie de sa construction en adulte c'est-à-dire à l’école, l’image qui lui est renvoyée de lui-même va être des appréciations (bien, mal, à refaire, doit plus travailler…), des chiffres (notes), un cahier de liaison rempli seulement des sanctions…

  Qui es-tu ? Un 15 ou un 5 de moyenne, un bon élève ou un mauvais élève, un doué ou un pas doué, un bac + 5 ou un rien du tout. Au mieux à la sortie il y a quelques « bons élèves » et comme l’a dit notre président « il y a ceux qui ne sont rien », encore pires que ceux qui n’ont rien..

  La construction de l’identité est la résultante des interactions avec ce qui nous entoure, des choix que l’on a essayés, des envies que l’on a pu tester, des expériences que l’on ose, de ce que l’on refuse, de ce qu’on peut faire différent des autres, de tout ce qui permet de se connaître, de se représenter parmi les autres, d’avoir conscience de sa valeur, des possibles que l’on peut entreprendre, d’avoir conscience de son unicité. C’est bien difficile le temps de l’école traditionnelle ou tout est uniformisé, édicté, conduit, surveillé. L’école l’avoue : elle passe son temps à se demander comment redonner confiance alors qu’elle empêche simplement chacun d’exister.

  L’angoisse et le mal-être de beaucoup de jeunes, exprimé par quelques-uns en particulier dans le rap, c’est de ne pas savoir qui ils sont, ce qu’ils font dans cette vie à laquelle ils n’ont pas participé et où ils n’ont jamais pu s’y affirmer, y être reconnus comme des personnes. Le parcours scolaire est clôturé par un parcoursup où en quelques jours ces jeunes adultes doivent avoir une envie, un projet quand on ne les a jamais laissé avoir des envies et réaliser leurs projets, de surcroit ceux qui ont un projet de vie ne sont pas certains qu’ils auront une place où ils pourraient le réaliser.

  Plus tard quelle sera leur principale identité dans la société ? Smicard ou cadre ou nanti ou personne défavorisée, personne en difficulté, personne assistée sociale,… chômeur ! Une personne identifiée par le chiffre d’un revenu, d’un pouvoir d’achat. Les délinquants sont peut-être simplement des personnes qui cherchent à être quelqu’un et les délinquants en col blanc ceux qui cherchent à rester ce qu’ils croient être quelqu’un.

  - La violence du jugement et du contrôle permanent. J’en ai déjà parlé. Qu’est-ce qu’un enfant dans l’école ? Une personne en construction constamment évaluée, surveillée, contrôlée, dirigée… dressée.

  - La violence de la réussite et de son pendant l’échec. Lutte contre l’échec scolaire, pédagogie de la réussite… C’est ce qui marque les années passées à l’école mais qui va marquer ensuite la société où tout le monde doit courir après la réussite, celle-ci faisant l’objet de citations régulières ! Mais c’est quoi cette réussite à l’école ? Réussir ce qu’on vous demande au moment où on vous le demande. Et pourquoi ? Pour satisfaire l’institution et ses statistiques, pour avoir une récompense (une note) ou éviter une sanction, pour être tranquille avec l’école… Qu’est-ce qui se passe quand l’enfant ne réussit pas ? On lui rajoute des heures supplémentaires (travailler plus pour gagner… rien) ou on le médicalise et des spécialistes se penchent sur son cas (on a inventé l’horrible terme : remédiation !) Comme le dit Einstein, on veut faire grimper les poissons aux arbres mais on ne leur donne surtout pas la rivière où ils pourraient vous époustoufler. L‘échec quand il concerne ce qu’on entreprend délibérément n’est qu’un stade (le cerf-volant que j’ai fabriqué ne vole pas. Je vais voir comment le modifier), quand il concerne une demande obligatoire à laquelle vous n’avez aucun intérêt immédiat (pas faire de fautes quand je n’écris à personne), il n’est qu’une menace permanente. L’échec scolaire ainsi stigmatisé, qui plus est publiquement, conduit à l’autodévalorisation, mais la réussite scolaire n’est pas beaucoup mieux puisqu’une fois atteinte elle fera encore plus craindre un échec suivant toujours possible. Que ce soit échec ou réussite à l’école, ces mots n’ont aucun sens, aucune signification. D’ailleurs et normalement, l’adjectif « scolaire » s’attache à l’école (échec de l’école) et non à l’enfant.

  Au fait, qu’est-ce qui marque la réussite sociale reconnue ? Le niveau de son compte en banque, un chiffre.   

  - La violence de la compétition. Je l’ai déjà évoquée dans le billet (7).

  - L’étouffement de toute créativité. Même lorsqu’un enfant appelle pour la première fois « maman » il a fallu avant que son cerveau crée la représentation de sa mère. On sait aujourd’hui que le cerveau n’est pas une boite d’enregistrement d’informations mais qu’avec une infinité d’informations il crée les différents mondes que le social-historique de nos sociétés a lui-même créé, puis codifié (les langages). Même les maths ne sont qu’une création de l’esprit. De cette créativité il en est le seul maître s’il a la liberté de le faire, de l’exprimer, de la confronter aux créations des autres. Le développement de cette faculté est primordiale et peu importe qu’elle se développe dans un domaine ou un autre et il n’y a aucun moment particulier qui doit lui être réservé. Un enfant crée avec la musique, ce qu’il développe sans qu’on le sache sera utilisé dans d’autres langages, cela parait encore loufoque qu’avec la musique on puisse faire des maths ou de la science ! A l’école où tout doit être conforme et jugé conforme, parfois même dans les rares moments appelés « éducation artistique », c’est l’étouffement de cette fonction principale de notre cerveau. Einstein le disait, l’important n’est pas savoir résoudre une équation mais d’imaginer. Tous nos dirigeants, les meilleurs élèves, sont dans l’incapacité d’imaginer quoi que ce soit. Paradoxalement, la créativité est devenue une denrée prisée dans l’économie de marché !!!

  - La violence du cloisonnement des âges. Certes on ne sépare plus les filles des garçons, certes on voudrait bien qu’il y ait de la mixité sociale. Mais dès trois ans tous les enfants sont séparés et rangés par tranches d’âge, ils ne vont côtoyer que ceux ayant le même nombre d’années (encore un chiffre). Tous les travaux ont beau démontrer que le multi-âge, l’hétérogénéité des groupes induisent l’entraide, les complémentarités, les rythmes individuels différents, la valorisation des uns par les autres en place de la concurrence, les reconnaissances des uns par les autres, la sécurité affective, les prises de responsabilité, etc… et donc meilleurs apprentissages (exemple reconnu des classes uniques), la conception de la chaîne industrielle scolaire s’y oppose.

  - C’est une violence sociale. J’ai déjà évoqué les entassements d’enfants qui ne peuvent constituer des entités sociales autonomes où les enfants expérimentent ce qu’est construire le vivre ensemble c'est-à-dire se socialisent (billet (3), taille des structures).

  Le développement cognitif et social de l’enfant s’effectue dans l’extension progressif de ses cercles d’exploration et de compréhension, d’abord dans sa proximité : du berceau à la maison, au voisinage, au village ou au quartier dans lequel devrait être l’école. Celle-ci fait alors partie de l’environnement social, sa proximité favorise l’état sécure des enfants comme des familles. Dans cette proximité les relations familles/école sont plus faciles, les relations entre familles peuvent y exister, l’école d’une certaine façon appartient à une communauté territoriale autant qu’à l’État. Cette communauté a intérêt que son école aille bien, elle en bénéficie dans les synergies qui se créent. L’école peut faire partie de l’enracinement primal des enfants. Et puis il a été prouvé par les travaux du ministère lui-même que les « résultats » des petites écoles et surtout des classes uniques étaient supérieurs à la moyenne nationale.

  Or, depuis 1989 l’Éducation nationale délocalise systématiquement enfants et écoles dans tout le milieu rural. Elle a d’abord déraciné les enfants de leur milieu en les transportant d’une année à l’autre dans un autre village (regroupements pédagogiques éclatés), puis actuellement en supprimant carrément les petites écoles en les délocalisant et en concentrant les enfants dans des écoles de type urbain. C'est-à-dire qu’elle procède à des déplacements de populations enfantines (l’enracinement fait partie de la construction de l’identité dont je parlais plus haut). La coupure avec les familles est alors encore plus nette, la vie sociale, citoyenne et économique des villages à laquelle contribuait l’école s’amoindrie, les parents, les maires qui essaient de s’y opposer ne sont pas écoutés.

La délocalisation, le monde du travail et les Gilets jaunes connaissent !

- La violence directe de l’État et de l’administration. Il devrait déjà paraître démentiel que quelques personnes avec à leur tête un ministre s’arrogent le pouvoir de savoir et le droit d’édicter ce que doivent faire et vivre tous les enfants de France. L ’État par ses lois ou décrets empêche ou limite fortement la création d’écoles alternatives si elles ne suivent pas ce qui se fait dans l’école publique. Il poursuit même les parents non conformes ou qui appliquent la Constitution (seule l’instruction est obligatoire, pas l’école) et les sanctionne. J’ai déjà parlé des conseils de disciplines pour les enfants et pour les enseignants véritables tribunaux semblables à ceux qui existaient dans l’armée. Bien sûr il y a le recours aux tribunaux administratifs. Mais lorsque un tribunal administrative annule une décision de l’EN ou la condamne, celle-ci par une multitude de moyens juridiques (procédures, appels…) le rend inapplicable (toutes les associations ou maires qui ont obtenu du TA l’annulation d’une suppression d’école en savent quelque chose). L’Éducation nationale est un État dans l’État.

Bien sûr des enfants traverseront mieux que d’autres cette violence qu’on n’appelle pas violence, surtout ceux qui auront une vie familiale parallèle plus favorable à leur épanouissement, bien sûr il y a la résilience[1] pour quelques autres, mais à quel prix et dans quel gâchis. 

Qu’est-ce qu’on me répond souvent à tout ça ? « Tu exagères ! Et puis, bof, j’y suis passé, je n’en suis pas mort ! » et on rajoute « Faut bien qu’ils s’habituent, la vie qui les attend n’est pas rose ! » Et voilà, il faut bien qu’ils s’habituent ! 

[1]La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement trau matique pour ne plus, ou ne pas, avoir à vivre dans la dépression et se reconstruire d'une façon socialement acceptable.

Je souligne le commentaire de Jean-Louis Chancerel ci-dessous qui situe bien le problème de l'école dans la domination libérale mondiale et inclue ouvertement depuis longtemps dans  les traités européens et mondiaux.

Pour compléter : La violence institutionnelle ordinaire du système éducatif qui pourrait ne pas exister dans une autre conception de l’école (extrait du livre « L’école de la simplexité ») - Education, école, système éducatif : une affaire de pouvoirs, mais lesquels ? - La co-éducation : une question de pouvoirs

Livre de Guy Vermeil « La fatigue à l’école » - Jacques Pain « Toute institution a tendance à fabriquer de la violence »

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[1] La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour ne plus, ou ne pas, avoir à vivre dans la dépression et se reconstruire d'une façon socialement acceptable.