Le billet « L’éducation c’est quoi ? » a rebondi dans les commentaires : « comment en discuter avec les parents ? ». Il s’agit évidemment de TOUS les parents.

Plutôt que de laisser cette conversation dans les commentaires, j’ai pensé qu’elle méritait d’être un nouveau billet… pour provoquer d’autres commentaires. BC


J'ai lu ton billet sur l'éducation c'est quoi ?

Cela fait un an que j'ai très envie d'aborder ce genre de sujet avec les parents mais je ne sais pas comment m'y prendre. J'ai peur que ça « tourne mal » :

- Pourquoi cette question. Vous pensez qu'on ne sait pas comment éduquer nos enfants?

 ou à la question : "à quoi sert l'école ?"

- C'est votre travail, on ne va pas vous l'apprendre.

De même que la liberté s'apprend (sinon le canari se fait bouffer par le premier lion qui passe. J'ai retenu la leçon ;-)) de même ce genre de discussion avec les parents ne s'improvise pas. Comment les faire réfléchir sur un sujet sans qu'ils ne se sentent acculés ou réagissent bizarrement. Ils ne sont pas habitués à avoir une certaine liberté de parole. Risque aussi qu'il y ait un gros blanc et que personne ne prenne la parole.

Comment les faire se questionner sur ces questions fondamentales. Nous ne sommes pas au forum du bio. Ce n'est pas le même public. Ils ne connaissent pas les cercles de paroles.

Florian

 

 J'ai posé ces deux questions fondamentales "A quoi sert l'école ?" et "Quel est le rôle de l'enseignant ?" lors de mes deux premières rentrées à Saint Sorlin en Bugey (ma 2ème et 3ème année donc après l'IUFM).

Je n’ai ni plus ni moins que noté ce que les parents disaient au tableau, sans aucune censure.

Le tout est qu'un parent se lance. Ensuite, les parents ajoutent quelque chose pour que le tout leur convienne.

Ce n'est pas une confrontation mais la réalisation d'un consensus puisque tu écris tout au tableau. Si les parents sont timides, tu peux leur glisser des questions du genre "Pensez-vous qu'enseigner soit son rôle ? son seul rôle ? n'avez-vous jamais eu un sentiment affaiblissant lorsqu'un prof vous ré-expliquait la même chose et que vous ne compreniez toujours rien ?"...

En principe, tu devrais avoir au cours de cette réunion au moins un petit débat ou un lancement de débat entre des parents dont leurs idées ou leurs pratiques sont opposées. A toi de les accompagner pour que les deux parties se sentent à l'aise et surtout légitimes de penser ça.

Si tu veux libérer la parole, et paraître un bon professionnel pour TOUS les parents, tu dois (condition nécessaire mais pas suffisante !) être prêt à tout entendre, voire même défendre et argumenter les positions de tous les parents, aussi différentes qu'elles puissent être, et donc ne montrer aucun rejet.

Tu peux faire part de tes observations sur telle ou telle pratique notamment si celle-ci a des répercussions négatives (allant de la punition à la simple appréciation d'un travail en passant par la note/classement). D'un autre côté, tu comprends et tu indiques les points positifs de la pratique en question (il y en a toujours !), et petit à petit, tu permets aux parents ou du moins tu facilites leur prise de conscience que ce n'est pas simple !

Et, ensuite, si tu peux glisser que c'est tout à fait NORMAL que ce ne soit pas simple puisqu'on travaille sur du vivant !

Tu peux alors ajouter :

"Tout système vivant est complexe !"

Là, tu as glissé 3 mots fondamentaux : système/vivant/complexe

Ce que tu peux considérer comme ton 2ème objectif principal de la rencontre. 

Essaie de le prendre le comme un exercice. Rien de négatif ne peut t'arriver !

La tenue d'une telle réunion révèle de la générosité et de la confiance en ouvrant ainsi, et ça, c'est énorme ! Les parents ne seront pas surpris non plus, car ils te connaissent déjà (il ne faut pas bien longtemps pour s'apercevoir que tu es généreux, confiant et ouvert).

Aucun risque pour toi ! Tu peux y aller en toute sérénité.

Philippe Ruelen

 

Tu as tout à fait raison, Philippe, j'ai un peu la trouille en effet.

Il faut que je me jette à l'eau. Mais j'appréhende. Je n'ai pas totalement cicatrisé de mes mésaventures de l'an passé.

Suis-je capable de tout entendre, surtout de tout défendre !

Florian

 

Si tu pars dans l'idée que tu as quelque chose à défendre, alors attends un peu avant de te lancer ... ;-)

Philippe

 

Je suis absolument d'accord avec Philippe sur le fait que si on part dans l'idée qu'on a quelque chose à défendre, ce n'est pas forcément la meilleure attitude. J'ajouterai qu'on peut y aller avec nos convictions, nos attentes, nos valeurs qui sont certainement plus faciles à expliquer et sereinement plutôt qu'être sur la défensive.

A un moment ou un autre, arrivent des questions qui peuvent nous embarrasser. On peut prendre le temps d'y répondre calmement. Tout ce qui a été écrit récemment dans les échanges, dans le vademecum, apporte pas mal d'éléments de réponse objectifs. Sachons nous en servir à bon escient.

Lors d'un échange avec Bernard sur les sciences, nous en étions revenus au milieu dans lequel on exerce, et nous avions fini par convenir que nous travaillons quasiment toujours en milieu hostile et qu'il nous revenait de fertiliser le terrain sans relâche. Pour ma part, j'écoute tout ce que les parents ont à me dire, en bien comme en critiques. Après, seulement, on peut expliquer, débattre, rebondir sur d'autres questions.

Pour finir avec "l'épisode des olives" (voir billet précédent) si bien narré, ça peut faire évidemment mieux comprendre ses orientations.

Marc

 

 Je me suis mal fait comprendre. Lorsque je disais "Suis je prêt à tout défendre", je ne parlais pas de mes points de vue. Ça je l'ai fait l'an passé. J'ai bien compris que c'était une erreur. Non, en fait, je faisais référence à Philippe :

Si tu veux libérer la parole, et paraître un bon professionnel pour TOUS les parents,  tu dois (condition nécessaire mais pas suffisante!) être prêt à tout entendre, voire même défendre et argumenter les positions de tous les parents, aussi différentes qu'elles puissent être, et donc ne montrer aucun rejet.

Si un parent me dit qu'il a été élevé avec des punitions, des lignes et des privations à l'école et qu'il est heureux de ce qu'il est devenu. En somme, que cette éducation lui a été bénéfique, j'aurais du mal à le défendre...

J'espère être plus clair.

Florian

 

 Ce parent, tu peux le questionner (et du coup questionner l'auditoire) :

Avez-vous été heureux à l'école ?, ou/et

Sentiez-vous que vous vous épanouissiez ?, ou/et

Pensez-vous qu'il n'y a que cette méthode qui permet d'arriver à ce que vous êtes devenus ?, ou/et

Pensez-vous qu'il faille forcément endurer pour que ce soit bénéfique ?, ou/et

Voulez-vous que votre enfant "endure" comme vous ? (*)

Moi, pour ma part, j'OSE penser qu'il y a peut-être d'autres moyens. En tout cas, j'y réfléchis, et j'aimerais y réfléchir avec vous. "

 (*) Si tu peux placer ça, tu as gagné, car certains parents ne sont pas du tout au clair là-dessus (surtout ceux qui ont mal vécu l'école), car ils n'osent pas s'interroger sur ça. C'est inconscient. En posant ouvertement la question, tu "forces" l'acceptation de cette interrogation. Et quelque soit la réponse qu'il donnera à ce moment là, ce sera bénéfique pour sa relation avec son môme (**), relation qui pourrait partir en vrille dans un fonctionnement tel que le nôtre, où le môme se sent bien, et apprend sans effort, sans souffrance.

 (**) et donc pour le môme, et ta relation avec les parents (et donc au final pour le développement du môme!!)

Cette question, je n'ai pas pu la poser à la famille qui m'embête actuellement ;-((

Philippe

 

Merci Philippe, Voilà des formules qu'il faut se garder sous le coude !

Je réfléchis aussi beaucoup à cet aspect de l'éducation. Il faut dire que j'ai des zozo qui me permettent d'approfondir le sujet ! L'ensemble de l'équipe de l'école se pose actuellement des questions sur ses enfants qui nous "échappent" !

Des familles nous font des remarques telle que : Ah ! Oui mais à la maison il ne fait pas ça ! Ce genre de réflexion qui laisse à penser qu'avec un peu plus « d'autorité » le tour est joué. Punition, humiliation et le problème serait réglé. C’est, grosso-modo, le sentiment général auquel je me heurte. La question de l'épanouissement ne vient jamais dans les échanges avec ces familles. J'ai souvent le sentiment qu'avec ce besoin d'autorité on s'achète finalement de la tranquillité mais que l'on ne règle rien en profondeur. Ces enfants souffrent déjà beaucoup du haut de leur 6, 7 ans ! Est il nécessaire de rajouter de la violence ? Ou bien est-ce nécessaire pour qu'ils aient "des cadres" ?

 Cyriaque

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