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Parcours sup n’est que la fin logique et absurde de la conception et de la finalité d’un système éducatif. Sa finalité est répétée sans ambiguïté dans tous les documents produits depuis des années en particulier par les instances européennes comme l’OCDE : « produire » les adultes-travailleurs dont le libéralisme et l’économie de marché ont besoin (lire à ce propos toutes les analyses de Nico Hirtt, les plus fines et documentées que je connaisse).

Que cela se finisse par un processus de sélection (les dispatcher quelque part !) n’est que logique.

La pression d’un parcours sup commence dès la maternelle. Tout le temps de construction des enfants en adultes est placé sous le signe de la pression et de la contrainte : contraintes physiques (obligation du temps scolaire, immobilité, rythmes…) pression psychologique (réussir, notes, évaluations, devoirs…), pression cognitive (alors que l’on sait que cette dernière est contre-productive)… tout ceci caractérise bien les techniques quasiment scientifiques de formatage. Je trouve stupéfiant que même les « gauchistes » affichés ne le voient pas, à moins qu’ils ne le voient trop bien pour s’en servir eux aussi.

Mais cet aboutissement d’un parcours… du combattant (de ceux qui n’ont jamais demandé d’être combattants sans qu’ils sachent même pourquoi il fallait qu’ils combattent) par un « parcours sup », avant même la ligne d’arrivée, atteint le sommet de l’absurdité : la pression de la dernière année est au maximum pour obtenir le bout de papier, l’objet final qui avait été découpé en multiples tranches pour être greffé successivement dans la chaine industrielle scolaire. Et voilà que dans la même année, alors qu’aucun ne sait encore si le bout de papier sera obtenu, il faut qu’à l’avance tous se prennent obligatoirement la tête pour cocher ce qu’ils voudraient faire de leur vie sans aucune assurance qu’une voie choisie les conduise quelque part (pour ceux qui ont l'envie d'une voie et si la voie est acceptée… pour les mieux formatés !)[1]. Et on voudrait ensuite une société sereine, déstressée, non violente ? Heureusement (pour l’économie et le libéralisme) qu’il n’y a pas suffisamment de places dans les universités : si tous ceux qui voudraient y aller le pouvaient, qui ensuite ramasserait les poubelles ? Même la « lumière » Voltaire le disait : Je vous remercie de proscrire l’étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés. [2]»

Critiquer, contester un algorithme qui dispatche mal vers un aval plus qu’incertain alors qu’il faudrait remettre en cause tout l’amont scolaire, sa finalité et l’environnement social qui l’imposent, c’est éviter de voir ce à quoi nous condamnons les enfants, adolescents et jeunes adultes par un système éducatif qui n’a jamais été fait pour eux et leur autonomie d’adultes ; nous y  avons été nous-mêmes condamnés, c’est probablement pour cela que nous le perpétuons par notre passivité. Il faudra peut-être attendre quelques siècles pour que des historiens décrivent cette période comme un des obscurantismes les plus stupides de l’histoire de nos sociétés, malgré les smartphones, les bagnoles, et autres gadgets… mais elles se seront très probablement autodétruites d’ici là.

PS : Il y a trois ou quatre ans j’avais fait des billets (ici, …) pour suggérer la suppression du bac : Oulala ! Politiquement et même révolutionnairement absolument incorrect !  


[1] Autrefois la finalité du système éducatif était bien la même. Mais d’une part la sélection définitive avait commencé bien avant pour la sortie du système éducatif, il y en avait donc moins à « filtrer », d’autre part avec une université dont la rentrée n’était que mi-octobre, il y avait un certain temps pour réfléchir, se décider et s’organiser pour ceux qui avaient franchi le cap du bac (et même le temps d’aller faire les vendanges pour payer le futur loyer).

[2] Lettre à M. de la Chalotais, 28 février 1763