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Politiques, élites, moralistes, les citoyens que vous ne trouvez pas suffisamment « responsables » suivant comme vous l’entendez1, viennent du lycée.

Profs du lycée, vos adolescents et jeunes adultes viennent du collège.

Profs du collège, vos enfants et adolescents viennent de l’école primaire.

Profs des école qu’on appelait autrefois instituteurs, vos enfants viennent des familles.

Il ne resterait donc plus qu’à se défausser sur ceux qui deviennent de plus en plus de simples « producteurs » d’enfants à fournir à l’école dès 3 ans !

Il y a bien toute une chaîne, avec ses maillons successifs dans lesquels on fait passer tous les enfants, qui aboutit à ces adultes qui font ou qui subissent la société avec toutes ses injustices, ses drames, ses horreurs, qui aboutit à leur incapacité à réaliser de plus en plus ce qui ne reste qu’une incantation : le vivre ensemble. Sait-on encore ce que veut dire et implique vivre ensemble ?

Il est trop facile de pointer le début de la chaîne, les familles. Elles sont d’ailleurs plus ou moins pointées et accusées à chaque drame. Or c’est bien la chaîne scolaire qui a été la principale éducatrice (Éducation nationale) de tous les enfants dès 3 ans, c’est bien aux injonctions de l’école auxquelles familles et enfants doivent se soumettre.

Peut-on nier que c’est bien une chaîne de type industrielle qui a produit et continue de produire (formater) les adultes conformes à ce que les dirigeants d’une société attendent d’eux ? La société et ses maux est donc bien en grande partie la résultante de cette chaîne.

L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde disait Nelson Mandela. Mais n’est-ce pas l’éducation qui a fait et fait perdurer le monde dans lequel nous sommes ? L’éducation doit-elle être une machine éducative dont il suffirait de changer les ingrédients dont on l’alimente ? Quand comprendra-t-on que le problème est la machine elle-même ?2 Je ne suis pas le seul à avoir ressassé depuis longtemps que même pour ce qu’on appelle les apprentissages fondamentaux elle est néfaste et en dépit du bon sens (au moins ceci est prouvé par les enquêtes PISA, aussi contestables soient-elles). Mais c’est elle aussi qui fabrique les vrais irresponsables soumis que nous sommes contraints d’être.(Voir « école et société »)

Le système éducatif et ses finalités, la conception de l’école, sont donc autant à remettre radicalement en cause que l’organisation sociale, politique, économique, financière.

Pour briser nos chaînes il faudra aussi et peut-être en premier briser la chaîne éducative. Cela peut plonger tout le monde dans l’effroi du « par quoi on va la remplacer ? ». Or nous avons depuis longtemps tous les éléments qui permettraient de l’envisager : depuis le début du siècle précédent les pédagogies encore qualifiées de nouvelles comme la pédagogie Freinet dont l’application est justement incompatible avec le taylorisme scolaire peuvent être ce qui amorcerait une transformation. Et puis plus récemment c’est tout le mouvement des écoles alternatives hors contrat, par ailleurs toutes multi-âge comme l’étaient nos classes uniques toutes éradiquées, qui ouvre une voie nouvelle. Il suffirait de les sortir de la marge où elles sont repoussées et des contraintes de normalité qui leur sont imposées pour déjà avoir les premières pièces de ce qui devra être une autre conception d’un service public au seul service des enfants qui auront à faire société et à inventer leur société.

Il est vrai que la société sans école de Yvan Illich ne pourra pas exister sans une autre société. Il est vain de croire que pour changer la société on peut se dispenser de changer son école.

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1La notion de responsabilité est très élastique ! Sont souvent considérés comme irresponsables ceux qui ne se plient pas aux injonctions ou qui contestent de ce qui est admis comme vérité, qui prétendent faire d’autres choix que ceux auxquels tout le monde doit se plier et se plie. L’actualité, avec la vaccination ou l’interdiction de l’instruction en famille, pointe tous ces irresponsables qui mettraient en danger autrui et carrément la société.

Pour ne pas avoir à considérer leurs arguments, on a inventé le terme de complotisme ! Autrement dit, il n’est plus possible d’être responsable, suivant une de ses définitions, quelqu’un de réfléchi, sérieux, qui sait peser le pour et le contre, puisque c’est une poignée d’autres qui le fait à votre place et que vous n’avez plus rien à assumer.