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L’Education nationale, un État totalitaire dans l’État.

Suite du mauvais feuilleton évoqué dans les deux billets précédents.

- Lundi : déclenchement de l’affaire par une inspection à la demande de quatre parents… qui ont rendez-vous avec l’inspecteur à la sortie. N. est éberlué. A noter que N., inspecté déjà il y a moins d'un an, avait vu sa note professionnelle augmentée !

- N. est sommé de ne pas revenir en classe le lendemain et convoqué à l’inspection… devant un café !

- Mardi : une remplaçante est dans la classe à la stupéfaction des enfants et des parents : N. serait malade !

- N. se rend à l’inspection. En guise de café, il a droit à deux minutes pour écrire deux lettres, l’une s’engageant à demander sa mutation, l’autre d’accepter dès ce jour un poste de remplaçant dans tout le département (sans indemnités de déplacement).  Fortement perturbé, N. rédige ces lettres mais oublie de les signer !

- Une réunion des parents prévue pour un autre sujet, sans N., devient houleuse. Les quatre parents à l’origine de l’affaire quittent la réunion. Les autres discutent et décident de réagir, rédigent la lettre à l’inspecteur. (précédent billet).

- Mercredi : N. retrouve un peu ses esprits conforté par les soutiens de sa famille, des collègues de partout, de parents d’élèves, prévient son inspecteur qu’il ne signera pas ses deux lettres et qu’il sera normalement à son poste le jeudi matin.

- Jeudi : L’inspection appelle pour signifier à N. qu’il doit se rendre dans un remplacement au fin fond du département. N. n’est pas chez lui mais dans sa classe... avec la remplaçante !

Nouveau coup de fil. Cette fois c’est la grande chef, l’IA adjointe, connue dans le département pour une certaine… rigidité ! Ordre est donné à N. de se rendre immédiatement à l’inspection en le prévenant qu’il n’y a pas intérêt à ce qu’il y ait une émeute de parents (sous-entendu, s’il y a manifestation c’est lui qui l’aura nécessairement fomentée). Il y trouve ses deux chefs. C’est sans fioritures : ou il accepte, à l’amiable ( !), et demande ( !) d’être déplacé dès maintenant sur un poste de zillien, ou il y aura des sanctions disciplinaires graves. En attendant, il doit se mettre… en congé maladie ! N. est un enthousiaste pour son métier. Mais comme tous les enthousiastes il est quelque peu innocent et ne s’est jamais préoccupé des arcanes et procédures qui régissent la fonction publique et l’Education nationale. Il ne répond pas grand-chose et rentre chez lui désemparé.

- Jeudi après-midi : il se reprend, téléphone aux syndicats, à des amis… et prévient son inspecteur qu’il ne se mettra pas en congé maladie… puisqu’il n’est pas malade ! Et il pense à demander que les « ordres » lui soient notifiés par écrit avant de les exécuter.

L’inspecteur se rend à l’école après la classe, lui remet l’ordre écrit du Directeur Académique des Services de l’Education Nationale (le chef suprême !) de se rendre vendredi dans une école du département. Détail truculent : le DASEN prend pour lui un rendez-vous-convocation chez le médecin de l’académie !

- Vendredi matin. Les parents d’élèves sont en grève devant l’école. Je m’y rends. Ils y sont tous (moins les quatre parents à l’origine de l’affaire) dans la neige et un froid de canard, avec les enfants, remontés, déterminés, responsables ! France-bleu Orléans en a fait une info. Le DASEN embarrassé déclare qu’il a agit pour… la sécurité des enfants ! Les parents qui apprennent que leurs enfants étaient soi disant en « insécurité » sont stupéfaits de tels propos et la colère monte. Le journal local est là (pas la presse régionale !)

Où est N. ? Que fait N. pendant ce temps ? Il est consigné dans une école maternelle en train de ranger des livres !

Je quitte les parents qui décident d’aller là ou N. est « mis dans un placard » !

 L’Education Nationale est un Etat totalitaire dans l’Etat. Les « affaires » petites ou grandes de ce type sont innombrables. Les délégués syndicaux qui passent leur temps sur les routes de l’hexagone à aller défendre dans de véritables simulacres de procès (commission disciplinaires) des collègues contre ce que l’on peut appeler des exactions de l’administration (des abus de pouvoirs) en savent quelque chose. Les associations de parents qui ont lutté pour empêcher la suppression de leur école ou comme ici le déplacement de leur instituteur le savent aussi. Chaque fois le tribunal administratif leur donne raison, et chaque fois l’administration s’en moque éperdument et surtout impunément. Pour chaque affaire il faudrait aller jusqu’à la cour européenne des droits de l’Homme, vous imaginez le temps, les moyens à engager par les « petits » pour gagner… des années après ! Combien de « petits instits » qui ont voulu résister, simplement pour faire respecter leurs droits et leur dignité, ont vu leur vie et leur famille bousillées. Mais personne ne le sait, personne ne le dit. Il pèse un silence de plomb.

 Au demeurant, la réaction de ces parents d’élèves, qui ne sont pas différents des autres, montre bien que la refondation de l’école pourrait aller facilement beaucoup plus loin que les mesurettes timorées péniblement concoctées. Le principal frein, n’est-ce pas l’appareil lui-même de l’Education nationale ?

 Alors INDIGNEZ-VOUS ! INDIGNONS-NOUS !

Il ne s’agit même pas de s’indigner contre des personnes, il s’agit de s’indigner contre un État, un État incapable de faire respecter le droit qu’il décrète lui-même, un État incapable de faire respecter ses propres procédures par son administration, incapable de demander à ses fonctionnaires en position de pouvoirs quasi absolu de prendre en compte l’humain (ce qui est un comble pour ce qui s’appelle « Education Nationale » !), incapable de permettre à la démocratie de s’exercer dans ce qu’il administre quand justement de simples usagers se conduisent en démocrates respectueux et responsables !

 VOUS POUVEZ, VOUS DEVEZ vous indigner à propos de cette « petite affaire », petite parce qu’elle concerne un petit instituteur, un petit village, de petits parents. Comme vous devez vous indigner chaque fois que la démocratie, le droit, l’intérêt des enfants, la dignité des personnes sont bafoués, piétinés. Vous le devez au titre de simple parent, de simple enseignant, de simple citoyen.

Prenez cinq minutes et un ou deux timbres pour écrire votre indignation au Ministre de l’Education Nationale, aux autorités académiques du Loiret, à la presse (République du Centre), aux politiques que vous connaissez,… Il faut bien un jour et dès aujourd’hui que l’administration, les pouvoirs, l'opinion publique, sachent qu’il y a des citoyens dans ce pays, qu’il y a des citoyens qui peuvent se lever dignement, des citoyens responsable qui assument d’être responsables.

Prenez cinq minutes pour écrire à ces parents courageux et exemplaires pour qu’ils ne se sentent pas seuls, pour qu’ils sentent que leur combat est juste et partagé. Prenez cinq minutes pour écrire à cet instituteur qui a besoin de réconfort.

Peut-être qu’à cette occasion, puis à beaucoup d’autres, prendrons-nous conscience nous aussi que nous pouvons exister comme une force collective, une force solidaire. Peu importe même si des milliers de lettres n’ont pas d’effet : nous l’aurons fait, nous n’aurons plus été silencieux.

 NB : l’école, c’est l’école de PIERREFITE ès BOIS, dans le Loiret.

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