gilets-jaunes

On n'arrive plus à voir l'anormalité des situations dans lesquelles on vit ou dans lesquelles on fait vivre nos enfants, comme si c'était naturel, inéluctable. Il faut que ce soit extrème comme par exemple les SDF, et encore, on le remarque surtout l'hiver !

On s'adapte donc à l'anormalité ou l'on considère qu'il est normal que d'autres s'y adaptent, subissant ainsi sans broncher ce qui leur est imposé. Un des plus grand crime à mon sens de l'ex URSS, jamais dénoncé, c'est d'avoir imposé à une bonne partie de sa population  urbaine de vivre à deux ou trois familles dans des appartements collectifs où chacune ne disposait que d'une chambre pour enfants, parents et grands parents, une cuisine collective pour tous et parfois les toilettes communes pour tout un étage !

C'est peut-être dans ce qu'on considère comme accessoire, dans ce dont on ne perçoit pas l'urgence, que sont les causes d'un effondrement prévisible.

  Billets précédents : (1) intro et valeur du travail - (2) Domination, soumission - (3) Taille des structures -

Société

 

École, Éducation

Espace vital, habitat

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Espace scolaire

   Dans le monde vivant chaque groupe de beaucoup d'espèces et chaque individu de ces espèce ont déterminé au cours de l’évolution les espaces nécessaires à l’implantation, à la survie et à la vie, soit  d’individus et de leur progéniture (terriers, nids…), soit à un ensemble d’individus (colonies d’abeilles, castors…), soit les deux (hirondelles des sables : nids individuels rassemblés au même endroit favorable).

  Les groupes de l’espèce humaine se sont aussi implantés dans des espaces refuges (grottes, sommets…) ou favorables (près de rivières). La protection et le refuge semblent ce qui détermine l’espace nécessaire aussi bien au groupe qu’aux individus de ce groupe. Ils y passent une grande partie de leur vie, d’où la nécessité de leur appropriation et de leur aménagement.

  Dans ce qu’est devenue notre société, le premier espace vital est le refuge dont ont besoin chaque individu puis chaque famille (maison) et chaque individu dans la famille (pièces, chambres).

  Ces espaces devraient permettre à chacun de se les approprier, d’y vivre sa particularité, de s’y individuer. Ils demanderaient une dimension suffisante  pour y évoluer physiquement, pour les aménager, pour y « faire » et pas seulement manger et dormir. Autrement dit ces espaces sont aussi des espaces de santé physique et psychique permettant d’être ensuite plus apte à la vie dans les espaces sociaux (villages, villes, écoles..).

  Ces espaces sociaux, pour qu’ils soient espaces sociaux, devraient eux limiter l’intensité de la promiscuité qu’ils imposent. Aucune réelle vie sociale n’est possible dans un agglomérat de personnes enfermées dans des espaces dont elles ne peuvent même pas sortir.

   Or une bonne partie des populations est condamnée à n’avoir que quelques m2 personnels, ne les a souvent même pas (sdf, familles dans une pièce…), est entassée de façon démentielle dans des ensembles absolument incapables d’assurer même la survie alimentaire de ceux qui les occupent.

 L’effondrement ne pourra être évité si toute la société ne consacre pas immédiatement son énergie et tous ses moyens à donner à chacun de ses membres les espaces vitaux dont ils ont besoin pour survivre, vivre et vivre ensemble.

Donner les moyens et permettre l'inventivité des lieux de vie ! à lier avec le billet précédent "taille des strucrures" ou un prochain "l'autonomie"

 

  L’école condamne la totalité des enfants à vivre la plus grande partie du temps de leur construction en adultes dans des sortes de stabulations ou de cages à lapin, assis en rangs d’oignons serrés, enfermés dans des cases (classes) où la mobilité physique n’est pas possible ou sévèrement contrôlée, dans une promiscuité telle où même l’interrelation n’est pas possible ou interdite.

   - Des espaces où aucune activité autre que celle d’écouter et d’exécuter sans bouger de place n’est possible.

  - Des espaces où il n’y a rien d’autre que des murs, autrement dit sans environnement intérieur, sans aménagements possibles.

  - Des espaces sans aucun coin personnel en dehors d’un cartable parfois contrôlé, sans refuge possible où être momentanément seul,  même pas les WC accessibles seulement aux moments autorisés et souvent source eux-mêmes de frayeurs.

  - Des espaces où les seuls moments où l’on accepte la mobilité et la liberté sous surveillance des « faire » sont des cours bétonnées, où l’entassement rend même la mobilité difficile ou dangereuse, où la tranquillité y est impossible, où dans le vide aseptisé de ces espaces il n’y a pas grand-chose à faire.

  - Des espaces clos à l’environnement extérieur imposant le confinement dans leurs murs.

 - Beaucoup d’enfants de retour à la maison continuent à n’avoir aucun espace vital (voir ci-contre)

  Aucun mammifère n’élève sa progéniture en l'enfermant dans un trou exigü et isolé de son environnement.

 

L’école ne contribuera pas à éviter l’effondrement si elle ne donne pas aux enfants les espaces dont ils ont naturellement besoin et n’entreprend pas immédiatement la transformation des lieux où elle les oblige à se construire

  Quelques écrits sur ce thème : Espaces scolaires (article pour la revue « éducation au développement durable ») Espaces scolaires (extrait de « L’école de la simplexité ») - L'école, cabane à lapins – voir aussi dans les deux ouvrages publiés à l'Instant Présent (Chroniques d'une école du 3ème type - Une école du 3ème type, un autre paradigme à explorer avec les enfants)

Prochain billet : Le temps découpé